Vos textes à partir de « Charlotte » de David Foenkinos – Lucie

IMG_9396Cette semaine, voici sept textes, dont certains écrits en atelier, répondant à la consigne de Sylvie Néron-Bancel, à partir de « Charlotte », de David Foenkinos.   Voici celui de Lucie.

Elle a mis du rouge sur ses lèvres. A maquillé ses yeux comme elle le fait désormais, avec un trait de noir sur la paupière supérieure.

Elle se regarde et se demande ce qu’il va penser d’elle ; cette femme si différente de la petite fille qu’il a cru aimer étant enfant. Elle pense à ces mots qu’il a écrits lors de l’un de leurs rares échanges de ces dernières années, cette description d’elle, supposément vive, drôle, insolente, pétillante, talentueuse. A-t-elle un jour été vraiment tout ça ? Ou n’était-elle qu’un fantasme d’adolescent qui a vu en elle ce qu’il voulait ?

Elle sait peu de choses de lui aujourd’hui. Il s’est installé à l’étranger, a changé de vie plusieurs fois. Elle n’a pas bougé d’ici, a une vie qui ne lui ressemble pas. Que vont-ils se dire ?

Quand elle arrive au lieu de rendez-vous, il est déjà là, installé à une table. Il a vieilli, un peu. A l’air plus sûr de lui. Elle voit sur son visage les lieux qu’il a visités, les femmes qu’il a rencontrées, les projets qu’il a réalisés. Comment masquer le vide en elle ?

Elle lui pose des questions mais n’écoute pas les réponses. Quand le serveur arrive, elle ne sait pas quoi choisir, prend la même chose que lui.

Il est à l’aise et accompli, elle voudrait croire que sa vie à elle n’a jamais commencé. Elle bafouille des histoires, des envies avortées. Le vin ce soir lui semble avoir un goût amer. Il parle de pays où elle n’ira jamais. Elle s’invente des excuses pour ne pas avoir autant à raconter.

Une heure passe, puis deux, sans qu’elle ait l’impression d’exister. Autour d’eux, on commence à passer le balai ; il suggère d’aller ailleurs, elle n’entend pas.

Elle n’a pas vu quand il riait. Elle était enfermée dans ses pensées quand il l’a trouvée jolie.

Lucie

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