Si Olivier Assayas est connu comme scénariste et cinéaste, on le découvre ici avant qu’il ne fasse des films, dans une vie d’adolescent où peinture et fête brouillaient les pistes d’une ascendance hongroise. Il n’aura pas connu son grand-père peintre, célèbre en Hongrie, mais sa mère, directrice artistique d’Hermès, lui aura inculqué le goût de la beauté et de l’odeur de térébenthine. Ce long autoportrait du peintre qu’il a failli être revient sur les fêlures de l’enfance, les projets inaboutis et ses amours faut-il qu’il m’en souvienne.
C’est dans une langue parlée, comme écrite au dictaphone, qu’Olivier Assayas revisite la première partie de sa vie. Nulle nostalgie ne vient entraver le récit de ses années de lycée, et l’on se passionne pour cet adolescent trop doué qui semble converser avec nous. Le grand charme de ce livre est de restituer pleinement la vitalité d’une production artistique qui se dessine très tôt, entre peinture et amitiés durables.

Le principe de la collection “Traits et portraits” est d’inviter des auteur·rices à confronter écriture autobiographique et illustrations. Ce volume reproduit un grand nombre de dessins d’Olivier Assayas, des figuratifs aux plus abstraits, conservés et annotés soigneusement jusqu’à la reproduction d’un Turner, qui fait pour lui le lien entre le caractère émotionnel de la peinture, et celui du cinéma.
On suit ainsi Olivier Assayas de Paris à Paxos en Grèce, de vacances en tournages à Budapest ou lors de voyages à Londres, point de fuite (et de résurrection) d’un Assayas mélancolique et quitté par son premier amour. On y croise Malraux (grand ami de sa mère), ou Régine Deforges à qui il a présenté ses bandes-dessinées, puis avant d’apprendre plus loin qu’il réalise à 24 ans un certain nombre des scénarios de Maigret à la place de son père, tout en lançant un fanzine qui tournera court…
Olivier Assayas raconte comment il a dessiné et peint, guidé en cela par le désir de sa mère, sans jamais être vraiment satisfait de sa pratique, jusqu’à ses 24 ans, où il découvre le cinéma. Paradoxalement, la peinture l’a isolé des autres, et c’est la découverte du travail collectif d’un plateau de tournage qui lui ouvre d’autres perspectives esthétiques.
« Ainsi, j’ai circulé entre peinture et écriture, écriture et scénario, figuration et abstraction jusqu’à ce que je parvienne au cinéma, qui se substituera à la peinture. C’était l’écriture – à la première personne – qui m’y avait conduit et le scénario (…) n’était qu’un outil, une technique permettant de fournir quelques repères destinés à être remis en cause; au mieux un point de départ ».
Au terme de ce livre qui se dévore, Olivier Assayas a-t-il « oublié la peinture ? » Est-ce que la peinture m’a manqué? Non. Et oui, tous les jours. Non, parce que j’ai acquis très tôt la conviction que le cinéma serait, pour moi, le prolongement de la peinture par d’autres moyens, même si cette idée, trop abstraite, avait peu de chances de convaincre ma mère, qui a toujours observé mon cinéma d’un regard suspicieux« .
Un autoportrait inattendu d’Olivier Assayas, qui aura réussi à réaliser uniquement des films d’auteur, restant un cinéaste à la marge et pourtant important, n’ayant rien renié de ses débuts mouvementés.
Danièle Pétrès