« Vosges » Catherine Meng

 

il dit      balbutiez-moi  chuchotez-moi         empreinte des montagnes douces               ballonnées

là est posée ma cachette

 

cloisons de bois et d’argent

délavées de soleil

écorces striées des pins

j’élime                 des paumes                             à la pulpe des doigts

aiguilles craquantes comme des V de la victoire

sous

nos pas

 

Vosges

 

écharde dans l’index qui suit du regard la porte fermée

dedans

la fenaison abritée sur le chemin qui monte

on dévale

mousse dense        herbe crue                le bruissement des insectes, sûrement

 

j’ai perdu ma lumière accidentée

pile

à cet endroit

muraille silencieuse de connifères       vert bouteille de presque nuit         les cimes flèches lacèrent le ciel

 

térébenthine    les doigts collent de sève

je les essuie sur ma robe en vain

 

Vosges

 

il sourit

densité sans matière           du vent           la pluie glissante

les cimes de pins ondulent loin de la boue      des branches qui s’interpellent       toi là, viens

un ffffff

caressant ma joue rebondie

 

on entend le clapotis des gouttes

sur le toit de tuiles

 

nous deux intérieur

couchés dans

le foin

 

et virevolte le secret de nos embarras

 

Vosges