Cette route est un mensonge, elle dure trois mètres
comme une promesse de quelque part
elle épluche ses peaux noires
pendant que les bêtes courent les sentes
elles connaissent les carrés de planches aux cheveux d’argile
et attendent que le temps les efface
les hommes aiment empiler des choses mortes
pour construire le vide et y empiler d’autres choses mortes
ce pays m’a brisé à l’aube de mes vingt ans
il m’a cloué à la verticale sur le flanc d’une étable
j’ai regardé l’œil des vaches, gonflées de soleil
les estives jaunes et les burles blanches
j’étais rurale jusque dans le sang des montagnes
calcifier mes mains à clôturer les paysages
écorcher mes bras pour coiffer la plaine
il faut rentrer le foin avant l’averse
il faut tracer des chemins de froid dans les congères
il faut couper la chair des arbres pour que nos os réchauffent
j’ai connu ces terres au pelage de bois
leurs carcasses chaudes de fayard
et leurs granges enfouragées
qui baillaient
le ventre plein