Le bois de la cabane,
sentinelle sur le talus penché,
suinte
les souvenirs,
la résine des étés passés.
Ses planches,
irisées des dernières lueurs
giflées par les claques du vent, écorchées par les branches,
rossées par les ans
craquent.
Elle tait ses regrets,
repousse
fenêtres béantes comme des cris
portes verrouillées comme un cœur blessé,
ce linceul de lierres et de brume,
qui tente de l’engloutir.
La main dorée de l’automne,
épouse son toit,
d’un geste… tendre
avant l’effroi de l’hiver,
avant qu’il ne scelle ses murs
de givre et de glace.
Je marche vers elle.
J’avance
dérange
défais
glisse dans le frémissement du cor de la futaie
qui pleure.
Le vent gémit
un souffle rauque entre les branches,
flirte avec le ruisseau,
qui se cambre, frissonne, s’offre,
lèche ses galets comme des sacrements,
et l’eau se trouble,
de la boue que mes pas réveillent.
L’humus parfum de musc
et des moiteurs enfouies
exhale une haleine
avide de ce sein de glaise,
qui soulève comme des mains
les jupes de la mousse.
Les fougères, amantes complices,
déplient leurs doigts
et tracent sur ma peau
des runes d’ombre, des chuchotements.
Quelque chose palpite,
sous les feuilles humides de rosée,
quelque chose m’observe,
m’attend
gonflé de promesses, de secrets.
Les arbres se courbent,
enlacent mes chevilles de leurs racines
me retiennent dans la lumière qui s’efface.
D’un frisson d’ailes,
la forêt me recouvre
m’enveloppe de son manteau d’écorces
murmure à mon oreille,
s’enfonce en moi.
Et je m’abandonne,
à cette terre qui boit mes pas,
je pénètre son ventre
deviens poussière
mêlée aux mystères que nul ne révèle,
que seule la danse silencieuse
des rameaux et d’autan,
dans la sève et sur ma peau,
déchiffre
et comprend.