« De bois, d’écorce et de chair », Marie Sollens

 

Le bois de la cabane,

sentinelle sur le talus penché,

suinte

les souvenirs,

la résine des étés passés.

Ses planches,

irisées des dernières lueurs

giflées par les claques du vent, écorchées par les branches,

rossées par les ans

craquent.

 

 

Elle tait ses regrets,

repousse

fenêtres béantes comme des cris

portes verrouillées comme un cœur blessé,

ce linceul de lierres    et de brume,

qui tente de l’engloutir.

 

 

La main dorée de l’automne,

épouse son toit,

d’un geste… tendre

avant l’effroi de l’hiver,

avant qu’il ne scelle ses murs

de givre        et de glace.

 

 

Je marche vers elle.

J’avance

dérange

défais

glisse dans le frémissement du cor de la futaie

qui pleure.

 

 

Le vent gémit

un souffle rauque entre les branches,

flirte avec le ruisseau,

qui se cambre, frissonne, s’offre,

lèche ses galets       comme des sacrements,

et l’eau se trouble,

de la boue que mes pas réveillent.

 

 

 

L’humus          parfum de musc

et des moiteurs enfouies

exhale une  haleine

avide de ce sein de glaise,

qui soulève     comme des mains

les jupes de la mousse.

 

 

Les fougères, amantes complices,

déplient leurs doigts

et         tracent sur ma peau

des runes d’ombre, des chuchotements.

 

 

Quelque chose palpite,

sous les feuilles humides de rosée,

quelque chose       m’observe,

m’attend

gonflé de promesses,       de secrets.

 

 

Les arbres se courbent,

enlacent mes chevilles de leurs racines

me retiennent       dans  la lumière qui s’efface.

 

 

D’un frisson d’ailes,

la forêt me recouvre

m’enveloppe       de son manteau d’écorces

murmure à mon oreille,

s’enfonce en moi.

 

 

Et je m’abandonne,

à cette terre qui boit mes pas,

je pénètre son ventre

deviens     poussière

mêlée aux mystères que nul ne révèle,

que seule la danse silencieuse

des rameaux et d’autan,

dans la sève et sur ma peau,

déchiffre

et comprend.