Vos textes à partir de « Charlotte » de David Foenkinos – C. Le Goff

IMG_8350Cette semaine, voici sept textes, dont certains écrits en atelier, répondant à la consigne de Sylvie Néron-Bancel, à partir de « Charlotte », de David Foenkinos.  Voici celui Claire Le Goff.

Porte Maillot

Des deux cafés du métro, il a choisi le plus laid.

Assis bien en face, ils se regardent de biais.

Lui le cheveu dru toujours, regard noir, dents parfaites immaculées derrière le sourire, habillé comme un as de pique, polo, sweat rose jeté sur les épaules, si c’est encore possible.

Historique rapide des années passées, quinze au total, devenu chauffeur routier, des enfants, deux, le prénom des enfants, l’âge des enfants, la ville, toujours la même, pas bougé.

Il a gardé son téléphone sur la table, homme moderne et don d’ubiquité, ici et là pour être sûr de ne rien louper, deux fois sorti du café pour répondre à l’appel, sa femme qui le harcèle, lui demande des nouvelles, savoir ce qu’il veut au dîner.

Il dit que c’est fou, qu’il est content, fier et heureux, de la revoir, de la voir là, après tant de temps, toujours la même, malgré les âges et les années, pas changé.

Ils restent à ne rien dire, plus autant qu’avant, bien moins qu’au téléphone, et à sourire un peu bêtement, rendus figés rigides par la proximité, promiscuité.

Elle attend, elle ne sait pas ce qu’elle attend, elle regarde les yeux, les cheveux, les mains qui tremblent, et les dents.

Tandis qu’il consulte l’heure, ou les appels manqués.

Debout il a son air penché, épaule courbée déjà quand il portait son sac dans la cour du lycée, reconnu entre mille dans la foule du lycée, magnifique air penché.

Dehors c’est l’accolade, fébrile et furtive, plus que dans la rêverie.

Elle reprend le grand escalier, ose se retourner, il la regarde, il attend, il ne sait pas ce qu’il attend.

Elle passe le tourniquet.

Un café un mardi au métro de la Porte Maillot

Clairon

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