« Les hauts-plateaux » Caroline Hugues

Cette route est un mensonge, elle dure trois mètres

comme une promesse de quelque part

elle épluche ses peaux noires

pendant que les bêtes courent les sentes

elles connaissent les carrés de planches aux cheveux d’argile

et attendent que le temps les efface

 

les hommes aiment empiler des choses mortes

pour construire le vide et y empiler d’autres choses mortes

 

ce pays m’a brisé à l’aube de mes vingt ans

il m’a cloué à la verticale sur le flanc d’une étable

j’ai regardé l’œil des vaches, gonflées de soleil

les estives jaunes et les burles blanches

j’étais rurale jusque dans le sang des montagnes

 

calcifier mes mains à clôturer les paysages

écorcher mes bras pour coiffer la plaine

 

il faut rentrer le foin avant l’averse

il faut tracer des chemins de froid dans les congères

il faut couper la chair des arbres pour que nos os réchauffent

 

j’ai connu ces terres au pelage de bois

leurs carcasses chaudes de fayard

et leurs granges enfouragées

qui baillaient

le ventre plein