« Je respire différemment. En profondeur. Jusqu’à m’en étourdir » écrit Jérôme Garcin.
Après plusieurs livres de deuil : La chute de cheval (1998) Olivier (2011), Mes fragiles, (2023), Jérôme Garcin écrit le livre de la vie retrouvée depuis l’annonce de son cancer.
C’est en sortant d’une séance de radiothérapie, que l’auteur apprend la mort de l’écrivain et descendant de la dynastie de typographes, Jérôme Peignot. Avant l’annonce de sa maladie, il travaillait à un ouvrage sur la tante de celui-ci, Colette Peignot, dite Laure, poétesse qui avait nourri son désir d’écriture à l’adolescence. Reprenant le fil de ce sur quoi il travaillait « avant », Jérôme Garcin retrouve avec bonheur le temps où il était « plus impatient de vieillir que de jouir », caché derrière ses innombrables lectures.
Jérôme Garcin écrit « pour comprendre ce qui (lui) arrive », et cet irréfragable passé surgit comme un diable d’une boite fermée sur ce qu’il ne s’est pas autorisé à vivre. « Le malaise précipite encore des souvenirs. Ils surgissent, comme si l’incertitude du futur les chassait du passé, où ils sommeillaient en toute tranquillité, sans vouloir être dérangés », tandis qu’il construit son récit sur quatre saisons, de celle de l’annonce du cancer à celle de la rémission, et retrouve des éclats de ce qu’il a été au détour de réflexions sur l’œuvre de Laure.
L’écrivain et journaliste, également animateur du Masque et La Plume (France inter) pendant trente-cinq ans, insiste tout d’abord sur le fait de n’avoir jamais raté une émission. Il y voit un des signes qui lui ont fait croire à son immortalité. Un sentiment renforcé par le fait qu’il a survécu à la mort de son jumeau, à cinq ans, et à celle de son père, quand il en avait dix-sept.
Quand on a vécu pour deux, peut-on un jour arriver à vivre pour soi seul ?
Ce livre semble se nourrir de cette question. Ainsi, de la maladie, il parle comme d’un réveil : « vivre après comme j’ai vécu avant, mais en respirant mieux et plus, sans craindre ni de me retourner ni de me projeter dans l’avenir ».
Jérôme Garcin, d’une plume fine et toujours élégante, distille son regard sur ce qui l’entoure comme autant de pistes de guérison. Soigné par un professeur de médecine prônant « la lecture qui guérit », l’auteur préfère dire que c’est l’écriture qui guérit. « Je marche comme jamais je n’ai marché. Chaque jour, à la ville comme à la campagne, à la campagne surtout, je marche. Un besoin irrépressible de me dépenser, de m’alléger, de m’échapper, de résister, et de respirer vite. D’aller de l’avant, sans me retourner ».
Vivre après, c’est sans doute choisir de vivre sans la charge du passé. De marcher « droit devant », selon la devise du Cadre Noir de Saumur.
Danièle Pétrès
« Vivre après », Jérôme Garcin, 8 octobre 2026 (éd. Gallimard)