Entretien avec Claire Clément au Salon de Montreuil

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Illustration Aurélie Guillerey « Bien fait pour vous! » Editions Milan

À l’occasion de la sortie de son dernier livre « Bien fait pour vous » aux Éditions Milan, Claire Clément, écrivain et chef de rubrique romans dans le magazine J’aime Lire Max, a bien voulu répondre à nos questions lors du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil, pour nous parler de la façon dont elle envisage l’écriture pour la jeunesse.

L’Inventoire : En tant qu’auteure comment définir l’écriture pour la jeunesse ?

Claire Clément: Sobriété dans le style, et richesse dans l’imaginaire. Mais cela vaut aussi pour la littérature adulte. Quand on écrit pour les jeunes, il faut à la fois être lisible et percutant. On a plus de chances de l’être quand on écrit court, avec un niveau de langage qui fasse sens auprès du lecteur. Le talent étant d’arriver à associer par exemple deux mots qui font image, et hop ! c’est immédiat et stimulant.

L’Inventoire : Vous pensez que les enfants sont attachés à la sobriété ? Plus sensibles que les adultes ?

Claire Clément: Attachés, non. Ils apprécient sûrement. Rien de plus ennuyeux qu’un auteur qui s’écoute écrire ! Allons au vif du sujet. Cela plaît aux enfants. Sans se priver bien sûr du plaisir de jouer avec les mots, d’en inventer même, si cela sert le propos. L’éternel travail étant de réaliser une œuvre qui soit proche des enfants, de la façon dont ils pensent le monde.

91wp5ZsQe8LL’Inventoire : Cela laisse plus de place à l’imaginaire ?

Claire Clément: Cela laisse l’imaginaire prendre toute la place. La sobriété de l’écriture donne de l’espace au lecteur, il peut lire entre les lignes et y déployer ses propres images. Il peut aussi élaborer des hypothèses, anticiper, déduire par rapport à son propre vécu, être dans une certaine jubilation; bref il devient un lecteur actif. J’aime qu’il s’échappe à travers une histoire que j’écris, que cela lui ouvre des portes, et tout un domaine des possibles.

Tout en le surprenant par des personnages, une intrigue, on le rend intelligent, il gagne en confiance en soi, car il se sent un lecteur averti. Il s’approprie aussi le texte, lequel stimule son développement et sa richesse intérieure.

L’Inventoire : Comment se déroule votre collaboration avec les illustrateurs ?

Claire Clément: En tant qu’auteur, on travaille très peu avec les illustrateurs. C’est plutôt l’éditeur qui gère cette partie-là. J’ai eu la possibilité de choisir des illustrateurs pour des séries mais ils faisaient partie du catalogue de la charte graphique de ma maison d’édition.

En tant qu’éditeur pour la presse jeunesse, j’ai un conseiller artistique qui travaille directement avec les illustrateurs. Moi, je ne m’occupe que du rapport texte/image.

C’est une œuvre d’équipe. Le directeur artistique travaille directement avec les illustrateurs. Une fois les crayonnés ( premiers jets) dessinés, j’examine la pertinence et la cohésion des illustrations par rapport au récit. Je veille en particulier qu’il n’y ait pas de contre sens entre image et texte.

L’Inventoire : Une astuce, un petit truc pour écrire que vous accepteriez de partager ?

Claire Clément: Se mettre dans l’ambiance. Un thé, du silence, relecture de ce que vous avez déjà écrit, lire un poème d’un auteur qu’on aime, regarder des photos sur l’atmosphère de votre récit. Si cela se passe en montagne, en plein hiver, ou au contraire au bord de la mer. Ainsi l’on créé soi-même un contexte favorable pour démarrer une journée d’écriture. Quand je suis en panne d’inspiration, je mets mes baskets et je pars courir. En revenant au bout d’une heure, mes neurones ont pris l’air et j’ai toujours de nouvelles idées !

Concernant le style, quand je suis dans le peaufinage de la ré-écriture, qu’il s’agisse de l’un de mes textes ou de celui d’un autre, je suis attentive au rythme du récit, en variant les effets de syntaxe.

51oj-H2AhNL._SX378_BO1,204,203,200_L’Inventoire : Quelles sont les différences entre une série comme Mister Bonflair pour les 5/6 ans et vos romans pour les 10/12 ans ?

Claire Clément: Mister Bonflair, c’est du polar, ce n’est pas pareil. Il y a un cadre, une structure de départ : découverte d’un vol, recherche des indices, qui amènent peu à peu au coupable. C’est comme Essie, une autre série que je publie: le ressort de chaque scénario est le suivant: au début elle est déçue par un évènement et elle veut devenir quelqu’un d’autre. Après la période d’exaltation, elle découvre nombre de difficultés. Et donc elle veut redevenir Essie. La structure est bien établie comme dans les contes.

Ce qui est plus difficile dans les romans, c’est qu’on construit une structure de toutes pièces, il faut créer des personnages. On s’inscrit ici dans un procédé littéraire beaucoup plus élaboré.

L’Inventoire : Que percevez-vous quand vous lisez vos textes à des enfants ?

Claire Clément: De l’intérêt, l’attente d’un moment drôle, parfois je vois dans leurs yeux leur cœur battre d’émotion. Quand je lis «  l’enfant du volcan », paru chez Lito, il y a un moment dans l’histoire où un méchant lance une pierre sur la tête d’un jeune chien. Celui-ci s’effondre et le héros pense qu’il est mort. Le lecteur aussi, à ce moment-là. Et je vous assure que dans la classe, on n’entend pas une mouche voler. «  Non, c’est pas vrai, c’est pas possible… » Voilà ce que je peux entendre en les regardant. Et soudain, le chien se réveille. Soulagés, mes lecteurs respirent mieux, sourient, mais ils restent silencieux le temps de digérer l’émotion, de se réapproprier l’histoire avec cette fin heureuse, et de la savourer.

Dans mes romans, il y a une grande place laissée à l’émotion. Des institutrices m’ont dit qu’elles avaient les larmes aux yeux en lisant certains passages, mais qu’elles ne s’en cachaient pas devant les enfants. Quand on lit, il faut s’attendre à tout. Et voir une maîtresse, les larmes aux yeux, ne laisse pas indifférent. De même si elle riait de bon cœur ! Quel meilleur exemple leur donner sur l’impact d’un livre ? Lire est une aventure qui, à chaque page que l’on tourne, peut nous surprendre.

Et, à cet âge, qui ne rêve pas d’aventure ?

Propos recueillis par Marie Hélène Mas, le 7 décembre 2015

4175097314Résumé de « Bien fait pour vous! »

Blaise n’en peut plus : sa famille, ses amis, tout le monde semble s’être ligué contre lui. Il les déteste et ne veut plus jamais les voir ! Au coeur de la forêt, allongé dans les feuilles, il ferme les yeux… et il fait semblant d’être mort. S’il disparaissait à jamais, tout le monde regretterait d’avoir été méchant avec lui. Bien fait ! Et à tous il manquerait terriblement. Bien fait ! Car ils l’aiment tous beaucoup, c’est sûr… Bien fait pour eux !

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