Claire le Goff à partir de Mr Gwyn d’Alessandro Baricco

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Crédits photographiques: DP

En réponse à la consigne d’écriture de Sylvie Néron-Bancel (ici) à partir d’Alessandro Baricco « Mr Gwyn » (Galimard, 2014), voici le vibrant texte de Claire le Goff.

Blafarde

Blafarde la lumière du couloir, gris les murs, ou bien beiges, au-dessus les néons, triste soupe, les navets dans la soupe, ou le chou, moi la mouche dans la soupe.

Ça aurait pu être un hôpital, tant je me suis noyée ce jour-là, tant j’ai perdu un membre, la mémoire, senti la balafre, tant je compte les cicatrices.

Un rendez-vous entre deux portes, furtif, pour torcher tout cela, cette affaire, torcher comme ça une première fois, léger, léger, et courir après le bus qui n’attend pas. Dans le couloir se dire au revoir, on reste amis, promis, croiser les yeux une dernière fois, pauvres sourires pincés, haussements d’épaules, et dévaler les marches pour sortir, remettre de l’air dans les poumons, éclater de joie, crier à la liberté recouvrée. J’ai ri, tellement ri, ri si fort dehors sur le trottoir, à me décrocher la mâchoire, j’ai ri d’un jaune si vert que j’ai cru vomir sur le trottoir.

J’ai traversé sur le passage, à grandes enjambées, lestes et enjouées. De l’autre côté déjà je me suis retournée, j’ai cherché dans la foule, la cour vide de lui, déjà parti sur son scooter, avec la brune en blouson de cuir certainement, ou l’autre encore, avec ses jeans bien affûtés, les araignées, partis ensemble sur le scooter, pris le virage pour d’autres rives, moteur hurlant, traces de boue sur la chaussée, eau de boudin, et moi au fond de la marmite.

Je cours toujours après le bus, et quand je cours et quand je marche, je cherche encore, dans les villes, les visages, les regards, mais ce n’est jamais lui.

Claire LE GOFF

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