Isabelle Agert : « J’aime dans la poésie ce rapport espiègle, non conventionnel avec les mots »

Parmi les bonnes résolutions de l’année je n’avais pas noté « écrire un poème par semaine ». Parce que la poésie n’est pas une affaire de comptes mais de liberté. Par contre, la poésie est une question de transmission et d’oralité, alors je me suis intéressée au stage d’Isabelle Agert, et lui ai demandé ce qui l’amenait dans son quotidien à écrire de la poésie, à en lire, et à la partager.

L’Inventoire: Isabelle Agert, en tant qu’orthophoniste, j’imagine que les mots ont une valeur encore accentuée par la difficulté qu’on peut avoir à les énoncer. Qu’est-ce qui vous a amené à l’orthophonie ?

Isabelle Agert: C’est le métier que j’ai choisi après le bac, directement. J’avais sans doute l’intuition que c’était bien pour moi, au carrefour de ce qui me passionnait et me questionnait déjà : la lecture, l’écriture, la philo, la psychologie et les relations humaines. J’exerce depuis 33 ans avec la même motivation et toujours de la fascination pour le mystère que représente la singularité de la parole de chacun, comment elle se construit chez un enfant et comment elle perdure même chez un adulte atteint de troubles neurologiques.

Quelle type de poésie écrivez-vous ?

J’écris depuis l’adolescence des fragments poétiques sur ce que j’ai vu, entendu dans mon quotidien.

Des éclats de vie que j’essaie de fixer, comme si la liberté que donne la poésie me permettait d’approcher au plus près de mon émotion ou de mon amusement d’un instant.

J’aime ce rapport espiègle, non conventionnel avec les mots, faire des tentatives et entendre surgir tout à coup une association inédite qui fait sens. Il y a quelque chose de pudique et d’impudique à la fois dans la poésie.

Quelle poésie lisez-vous ?

R

J’aime les poèmes de Richard Brautigan que je relis souvent. Désespérance et impertinence délicieuse. Ceux de Jean-Pierre Siméon. En fait, je suis une picoreuse. Je lis un peu de tout et quelquefois, je fais des rencontres marquantes. René Char, James Sacré et ses escargots et tant d’autres .. !

N’est-ce pas la construction de sa propre langue qui importe dans la poésie ?

Je crois que c’est plutôt une recherche, une quête, la mise ne route de son rapport singulier avec les mots, leur chanson, leur sens.

C’est une confiance dans la langue qu’il faut faire advenir.

Aimez-vous les poètes comme Valérie Rouzeau où le jeu sur les mots et les associations d’idées sont à l’origine de son style si particulier ?

[Quand je me deux] Partition sur un poème de Valérie Rouzeau – Théâtre Massalia

Valérie Rouzeau, c’est vraiment l’illustration de cette liberté de jouer avec toutes les facettes des mots : sonores, signifiantes, rythmiques, intimes, sociales…

Et tout ça roule en bouche et en oreille. On a plaisir à dire et à entendre.

Il y a une force de vie incroyable dans ce qu’elle s’autorise avec les mots.

Isabelle Agert animera « poésie, initiation par e-mail » du lundi 11 février 2019 au lundi 20 mai 2019.

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