Écrire la poésie du quotidien

« Poésie du quotidien » est un atelier d’écriture à distance qui se déroulera du 20 octobre au 5 novembre 2020 : 6 soirées, 3 animatrices, 3 manières d’envisager la poésie… Comment vit-on la poésie au quotidien ? Premières réponses dans L’Inventoire.

L’Inventoire : L’idée de ce stage à animer à trois, sur 3 versants de la poésie (le haïku, une poésie plus traditionnelle et le slam) vous est venue pendant le confinement. L’envie d’animer des stages plus légers et ludiques ne fait-t-elle pas partie du renouveau et de l’envie de simplicité que nous ressentons tous ?

Anne Baatard  : Pendant le confinement, la poésie a remporté un succès inédit. Le post de Cécile Coulon qui a recueilli le plus de like était un poème. La poésie surgit souvent à la faveur d’émotions vives, voire chaotiques, mais auxquelles elle propose une forme et une voix. Elle conduit plus à l’apaisement qu’à l’exaltation. Et puis, on peut lire et écrire des poèmes en discontinu, par fragments, c’est peut-être à mettre du côté de la légèreté. Le poème s’accommode de l’urgence, des incertitudes, de tous les inconforts, de la fragilité. Il concilie ferveur et simplicité.

Cécile Coulon

Extrait du poème de Cécile Coulon (à retrouver ici dans son intégralité)

Quand nous sortirons d’ici

les yeux clos comme ceux des chatons et des chiots,

les lèvres un peu sèches de n’avoir pas embrassé,

le cœur un peu sec de n’avoir pas mieux aimé,

je piquerai dans mes cheveux longs

la première fleur du printemps.

J’imagine déjà la joie au prochain bal populaire

sous les arbres géants de la Drôme endormie ;

en attendant que nous sortions d’ici

je porte mon sourire à l’envers.

L’Inventoire : Est-il plus difficile de créer une dynamique de groupe sur Teams ou pas du tout ?

Anne Baatard : Créer une dynamique de groupe à distance requiert (pour moi) une concentration plus intense. Il manque ce que la présence et le corps apportent à toute communication. Mais ce que Teams autorise, c’est un groupe sans frontière : des participants qui écrivent ensemble depuis Granville, Paris et Genève, c’est vraiment stimulant.

 « Le poème concilie ferveur et simplicité »

L’Inventoire : Que lisez-vous en ce moment ?

Anne Baatard : J’ai lu hier soir « Pas de femmes parfaites, s’il vous plaît », un (tout) petit recueil de lettres de Jane Austen où elle évoque ses divertissements et ses préoccupations littéraires. C’est plein de détails, d’anecdotes, d’ironie. Je lis aussi « Par instants, la vie n’est pas sûre » de Robert Bober, un livre hommage plein d’un délicieux désordre. Je crois que les titres jouent un rôle majeur dans le choix de mes lectures ! Mais pas toujours… je découvre, au goutte à goutte, « magdaléniennement », le dernier recueil de Dominique Fourcade, un « essai-poème » où l’on croise Proust et Bashung.

L’Inventoire : Le livre de poésie que vous aimez relire régulièrement 

Anne Baatard : « Du monde entier » de Blaise Cendrars. Avec en ouverture « Les Pâques à New York ». Cendrars a célébré la vie dans son jaillissement : « Toute vie n’est qu’un poème, un mouvement. Je ne suis qu’un mot, un verbe, une profondeur, dans le sens le plus sauvage, le plus mystique, le plus vivant. »

« Toute vie n’est qu’un poème, un mouvement. Je ne suis qu’un mot, un verbe, une profondeur, dans le sens le plus sauvage, le plus mystique, le plus vivant. » Blaise Cendrars

Delphine Tranier-Brard : Ma poésie régulière se vit, se partage, se respire… elle claque sur les scènes ouvertes de slam. Si je la picore dans un livre… alors Faut bien manger d’Emanuel Campo.

Hélène Massip : Il y en a plusieurs, je pourrai citer les noms de quelques poètes dont j’ouvre souvent les recueils. S’il faut en choisir un, je prends Baltiques de Tomas Tranströmer. J’aime dans ce recueil la diversité des formes, du poème long au haïku. La place du mystère, du silence, de la nature et des hommes. La sobriété de l’écriture, la force des métaphores.

L’Inventoire : Que vous apporte la poésie au jour le jour ?

Anne Baatard : Elle développe l’acuité du regard. La poésie est un mode de vie. C’est aussi un compagnonnage, on peut écrire un poème d’un trait ou d’un souffle, ou le porter pendant des jours, chercher le mot à changer… la poésie, c’est aussi l’assurance de toujours trouver un ami disponible !

DP

L’atelier d’écriture « Poésies du quotidien » sur Teams aura lieu du 20 oct. au 05 nov. 2020 et sera animé par Anne Baatard, Hélène Massip et Delphine Tranier-Brard. Plus d’informations, ici. 6 soirées, 12 heures.

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