Le temps des maisons / Semaine 3 : Jean-Louis Wiart

En réponse à notre appel à écriture, « Classer / reclasser les livres de ma bibliothèque», voici un texte et une photo de Jean-Louis Wiart.

Classer/reclasser les livres de ma bibliothèque

L’ordre est-il compatible avec l’imaginaire ? Aux modes opératoires connus en matière de rangement de bibliothèque, on peut préférer l’exigence d’un principe borgésien : l’étranger doit être exposé au hasard. Seuls les initiés ont la clef du labyrinthe. Parfois, on peut être tenté de troubler l’ordre existant. De disposer autrement des volumes pour inventer des rencontres. Rapprocher Alain-Fournier de Valery Larbaud peut permettre d’offrir une deuxième chance au Grand Meaulnes auprès de Fermina Marquez. Qui sait? D’autres initiatives sont possibles ; pour conjurer une mort annoncée, il n’est pas interdit d’abriter un roi sans divertissement à l’ombre de jeunes filles en fleurs. Par exemple.

Exposées par nature au confinement, les bibliothèques sont invisibles. Seul celui qui franchit le seuil d’une demeure est autorisé à les embrasser du regard. Choisir un livre au hasard et l’exposer au plus grand nombre est donc chose délicate. C’est un geste qui transgresse la notion de secret et peut trahir un sentiment qui n’appartient qu’à vous. D’où un choix de circonstance avec cette émouvante reliure du XVIIe siècle dont on ne dira rien, sinon qu’elle a survécu à une peste noire qui au début du siècle emprunta déjà la route de la soie. Comme un signe d’espoir daté très exactement du mois de février 1620.

                                                                                                         

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