Pourquoi les poètes ? Richard Brautigan

Richard Brautigan est plus connu pour ses textes courts (La vengeance de la Pelouse) que pour ses poèmes. Sans surprise, car comme l’indique le titre de son premier recueil, écrit avant ses courtes nouvelles : « Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus »; on ne trouvera aucune réponse à cette question.

Let’s walk downtown together

p. 86 Richard Brautigan

Ce titre énigmatique n’a pourtant aucun rapport avec le titre original : « Richard Brautigan: The Edna Webster Collection of Undiscovered Writings » (Richard Brautigan : Le recueil d’écrits non découverts d’Edna Webster). La traduction de l’anglais en français en a donc établi une interprétation libre, de manière plutôt cartésienne (comme si le recueil était une réponse à une question). Paru dans la collection Points Poche, il est toutefois édité sous forme bilingue, ce qui permet d’avoir accès aux poèmes de Brautigan dans les meilleures conditions.

C’est au lycée d’Eugene (Oregon) que Richard Brautigan écrit ses premiers poèmes. Alors ami avec le fils et la fille de la famille Webster, il quitte la ville à 20 ans pour devenir « écrivain » à San Francisco.

C’est à son retour un an plus tard en 1955 qu’il se réinstalle à Eugene et se lie d’amitié avec Edna Webster. La mère de famille s’occupe de lui comme de son propre fils. En repartant quelques mois plus tard, il lui laisse tous les poèmes qu’il a écrit adolescent, à San Francisco et à Eugene afin qu’elle les publie quand il sera connu « Quand je serai riche et célèbre, ce sera ta sécurité sociale » lui dit-il.

Edna ne se doute pas qu’il sera célèbre en effet, un jour. Elle attendra cependant 1992 avant de vendre ces manuscrits à un éditeur.

Ex-lovers meet
 
Our eyes
Spit at each other.
 
She said
With a voice
Colder than
A dead bird
(or
Was it
Two dead birds),
 
“Hello”

Richard Brautigan

Ces inédits de jeunesse portent toutes les thématiques développées plus tard : amour impossible, quotidien merdique, pauvreté constitutive et auto-dérision où seules des formules entrechoquées et surréalistes (La pêche à la truite en Amérique), peuvent sauver du naufrage total, dans l’univers imagé et tonitruant d’une solitude bien arrosée.

C’est William Carlos Williams et son long poème sur Paterson, ville ouvrière du New-Jersey, qui ouvre la voie aux Etats-Unis d’une poésie qui s’intéresse au quotidien et à l’ordinaire et délaisse grands sujets et quatrains.

Après ses séjours en France (en 1913 et dans les années 30), le poète revient à New-York avec Ezra Pound et inspire ce qui deviendra l’Ecole de New-York (emprunte du dadaïsme et d’objectivisme). Celle-ci à son tour inspirera la « beat generation » et Kerouac, puis essaimera à San-Francisco jusqu’à Brautigan.

Il faut lire, relire ces premiers écrits. Plonger au cœur de ces fragments de vie, éclats de poésie nourrie de conversations, de questions, de machine à laver et d’envie de passer au jour suivant. En mieux si possible.

D. Pétrès

Ce mois-ci paraît une nouvelle édition de l’intégralité des écrits de Richard Brautigan, chez Bourgois : « Richard Brautigan – Le monstre des Hawkline /Willard et ses trophées de bowling / Tokyo-montana express – ».

Pour aller plus loin sur ce thème : stage Aleph-écriture du samedi 29 juin 2019 au dimanche 30 juin 2019, « Paroles et musique« 

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