Vos textes: à propos de « 14 » de Jean Echenoz

tumblr_mnhjxmilB41rgktkgo1_400Cette semaine nous avons sélectionné le texte de Claire le Goff qui répond à la consigne d’écriture élaborée à partir du roman de Jean Echenoz, 14.

Une porte de bois blanc, de guingois.

Six carreaux, trois grands, trois petits, pour regarder dedans, s’il n’y avait pas, derrière, un tissu Vichy rouge pour faire obstruction.

Des volets gris, de part et d’autre, calés contre la paroi bleue par deux figurines de bronze.

Une boîte aux lettres accrochée à un clou, mais plus personne pour écrire, ni recevoir le courrier.

La longue clé rouillée au bout de la ficelle, on a avancé d’un pas lourd, incertain, en vain on a tenté de rebrousser chemin, on se serre fort les mains, on fait face à la maison.

Ça va grincer – la porte, le parquet. On ne trouverait pas la lumière et il y aurait sûrement encore, au milieu du salon, la corde du pendu, du sol au plafond. On frissonne, coude à coude : huit coudes, ça soude une fratrie.

Je mets la clé dans la serrure. Je tourne deux fois du côté droit. La porte se laisse faire, on se regarde, on entre. Sur la table à manger, la dernière assiette est vide et le vin âpre a laissé des traces mauves sur le verre de cantine. La boîte de biscuits est à sa place sur l’étagère : on ne l’ouvrirait plus. La chaise du malheur a été remise en place par un homme du village, de la municipalité, qui sait. Aussi la corde, qui fait comme un escargot sur le manteau de la cheminée.

On lâche un souffle, une grossièreté, on reste planté là, face au miroir de plastique vert, où le paternel avait l’habitude de se raser de près, chaque matin.

On sort de la valise un vague costume de cérémonie, une robe sombre à fleurs, et des chaussures cirées que l’on passe dos à la pièce, dans un geste pudique, contre le mur de pierre.

Claire Le Goff – Février 2014

 

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