Vos textes à partir de « Pour Isabel » d’Antonio Tabucchi par Claire Le Goff

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Crédits photographiques: Betweeners

Cette semaine, un nouveau texte en réponse à l’appel à écriture à partir du livre d’Antonio Tabucchi «Pour Isabel» (Gallimard, 2014) à redécouvrir ici, voici le texte de Claire LE GOFF

Pour G.

J’avais suivi François pour la première fois et je me trouvais là, entre mer et montagne, tout un été, avec l’idée fuyante et persistante qu’il était là aussi peut-être − l’autre, toujours le même, le tout premier, le garçon dont le prénom commençait par un G.

Nous étions au mois d’août. La route était belle jusqu’à la plage.

Nous chantions à l’avance, sans peur dans les virages.

Nous retrouvions des amis pour la nuit, un festival, musique et voix, en contrebas.

Il y en avait du monde à voir, des têtes nouvelles, un visage à chercher − celui de l’autre, toujours le même, le tout premier −, un visage vibrant, disparu, regretté, espéré au hasard, secrètement, depuis dix ans.

A force, j’ai trouvé. Dans un groupe, une allure. Une tête connue, reconnue : cheveux blonds, yeux noisette, air revêche. Pas la sienne, de tête. Celle d’un autre que lui, un très proche : son ami de l’époque, son copain, son pote en somme, un frère pour ainsi dire, Ludovic.

Rencontre invraisemblable, pour toutes les choses auxquelles on pense et qui n’arrivent pas.

Un mirage peut-être, à trop vouloir? Le doute d’une confusion?

Ou la peur de savoir?

Je n’ai pas dit un mot, pas fait un pas : un lapin dans les phares.

J’ai retrouvé François au bar.

Sept ans plus tard, j’ai écrit, demandé s’il était sur la plage, danse endiablée et mojitos, sept ans plus tôt.

Par retour de courrier il a dit oui.

Il a dit : Oui, j’étais là cette année-là. Pourquoi n’avoir rien dit?

Il a ajouté qu’il ne savait pas − pour l’autre, toujours le même, le tout premier − qu’il ne savait pas ce qu’il était devenu.

Je n’ai pas répondu.

Claire LE GOFF

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