2326cbc853ec45e4179ead3ddb6902b4_largeDurant l’été, Laurence Faure a conduit pour Aleph-Écriture un stage dédié aux « Géographies intérieures » dans les locaux du journal littéraire et académie d’écriture Literárny Noviny, membre de l’EACWP. L’animatrice nous raconte ce que le déplacement géographique suscite dans l’écriture.

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Photo: Laurence Faure

Par Laurence Faure

Du 26 au 30 juillet, j’ai animé un stage d’écriture pour 11 participants. Ils venaient de France, de Suisse et avaient choisi ce stage à Prague : Géographies Intérieures… Titre troublant, métaphorique pour un parcours qui invite les participants à écrire au fil des propositions des textes autobiographiques, documentaires, poétiques, des fictions… Les premiers jets ainsi produits, qui peuvent être retravaillés et qui témoignent de sensibilités singulières, répondent aussi à des questions qui peuvent être universelles :

–       Qu’en est-il pour moi du voyage ?

–       À quels indices je perçois le monde ?

–       Rencontrer l’Autre ? Comment ?

–       Voyager, être sédentaire ? Comment cela se manifeste ? Par quels tours de mots ?

De souvenirs en rêveries fugaces, d’expériences, d’observations attentives en replis intérieurs, de compte rendus d’échanges en rencontres, chacun a pu vivre le voyage et l’écriture du voyage par ce stage.

A Prague, où résonnent dans l’imaginaire des visiteurs des noms marquants de la littérature et de l’histoire, la géographie bien concrète de la ville induit aussi une curiosité dans l’écriture. Et le stage a donné l’occasion, par des propositions de déambulation/écriture de partir en exploration. L’esprit du lieu alors se dessine, se raconte en ruelles et passages qui donnent sur des places noires d’un monde multilingue et visiteur, en avenues larges et rectilignes sur les côtés desquelles se déploient des parcs et jardins qui conversent avec le ciel.

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Photo: Laurence Faure

Car le centre de Prague brille de mille atours, de mille promesses et voilà le visiteur confronté à la réalité d’un lieu… authentiquement touristique. L’expérience s’arrête là ? Dans la déambulation mi obligée, mi amusée entre un pont, un café, une place et un musée ? Bien sûr que non. La ville s’étend au delà des recoins, elle prend le tram, elle s’étire le long des quais qui se poursuivent, le long des avenues qui montent. Elle va chercher l’espace que dilate le temps et on se surprend à découvrir une église paquebot, un hall sous marin dans un univers sonore et une circulation étonnement tranquilles. L’écrivain promeneur déploie alors une attention à l’instant où tout quotidien devient pépite, source d’écriture : traverser une rue, boire un café, acheter un ticket de transport, lire des enseignes de boutique et deviner leur traduction. Et oui ! Se plonger dans une langue inconnue, mystérieuse, aux multiples accents, aux sonorités étranges. Il croise des corps, des visages qui peuplent le lieu et lui donnent son esprit, ses émotions, sa chair autant que les pierres. Comme cette vieille dame croisée en compagnie de son chien Avenue Kuruni. Ils semblaient partager une complicité surnaturelle.

Les participants sont repartis satisfaits de cette expérience d’écriture, exploration conjuguée de leurs espaces intérieurs et de l’espace praguois. Pour ma part je remercie Prague de ce cadeau : surprendre par 5 jours de quotidien, et plus intensément que dans ma propre ville, donner désir d’écrire la surprise. Donner aussi envie de poser quelques questions à des Praguois : et vous ? Comment ressentez-vous votre ville ? Pour vous quelle est sa forme ?

L.F. 6 août 2015

En 2015-2016, Aleph-Écriture vous proposera deux stages d’écriture à l’étranger : Géographies intérieures à Barcelone, conduit par Aline Barbier et Écrire à Lisbonne conduit par Catherine Stahly-Mougin.

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