Quelque part dans la forêt primaire
Le monde entier était la maison
laissée à l’abandon
c’est sur le planisphère, au-dessus du lit
scotché au ciel
que des doigts endormis
traçaient en rouge
un itinéraire bien précis
au point de départ
les planchers du dortoir noircis
donnaient à voir
la lumière diaphane
en robe de nuit
descendre
sur la pointe des pieds
l’escalier
depuis le grenier
une ou deux échardes
toujours
pour témoigner
de la véridicité des faits
la porte d’en face
tremblante
se balançait
imprévisible dans sa constance
dans le salon
la tête de l’animal
à son habitude m’attendait
veillant sur le brasier
ta cigarette
et les marrons grillés
le paysage est avalé
et le téléphone, dans le couloir
n’a pas sonné
leurs voix
laissées traînées derrière
demeurent encore ici
car jamais auparavant et jamais plus depuis
n’a-t-on revu une si longue table
s’étirer ainsi