« Quelque part dans la forêt primaire » Emma Alric

 

Quelque part dans la forêt     primaire

 

 

Le monde entier était la maison

laissée à l’abandon

 

c’est sur le planisphère, au-dessus du lit

scotché au ciel

que des doigts endormis

traçaient en rouge

un itinéraire bien précis

 

au point de départ

les planchers du dortoir     noircis

donnaient à voir

la lumière     diaphane

en robe de nuit

 

descendre

 

sur la pointe des pieds

l’escalier

depuis le grenier

 

une ou deux échardes

toujours

pour témoigner

de la véridicité des faits

 

la porte d’en face

tremblante

se balançait

 

imprévisible dans sa constance

 

dans le salon

la tête de l’animal

à son habitude     m’attendait

 

veillant sur le brasier

ta cigarette

et les marrons grillés

le paysage est avalé

et le téléphone, dans le couloir

n’a pas sonné

 

leurs voix

laissées traînées derrière

demeurent encore ici

car jamais auparavant et jamais plus depuis

n’a-t-on revu une si longue table

s’étirer ainsi