Vos textes à partir du livre de K. Hiromi « Les 10 amours de Nishino » A.L.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA
Crédits photographiques: Betweeners

Cette semaine nous avons reçu plusieurs textes en réponse à la proposition d’écriture à retrouver ici à partir du roman de Kawakami Hiromi « Les 10 amours de Nishino ». Voici celui d’Aurelie Lah

Roméo

Il me semblait long, maigre et poilu. Chevelu et barbu. Son regard parfois se concentrait sur moi et je devenais la chose la plus importante au monde. Ces moments étaient rares et précieux. Il me serrait fort comme s’il craignait de me perdre ou de me voir grandir. M’affublait de surnoms improbables. Et se précipitait une fois encore vers des terres lointaines. Il sauvait le monde mais pour moi, sa fille, il avait peu de temps et pas les clés. Qui découvrait-il là-bas de plus important que moi ? Quels peuples fantomatiques me le volaient ?

Et puis, il y avait son père. Mon grand-père.

C’était notre copain de toujours. Et depuis toujours, il nous faisait sourire : il inventait des surnoms venus d’ailleurs que l’on portait toujours. Son style, genre French doctor, ne leurrait personne, il appréciait les belles fringues mais n’avait qu’une tenue en multiples exemplaires. Érudit, il maitrisait musique, cinéma, littérature, chaque auteur compulsivement classé avec ses œuvres sous sa carapace de grand voyageur. Pourtant, il nous intimidait encore. Ses prises de positions, personne n’osait les discuter de peur d’être accueilli par le mur de glace qu’il pouvait ériger à tout moment.

Et puis, il y avait son père. Beaucoup trop sévère.

Je l’ai aimé à en perdre la raison et sans raison. Son physique austère, son look austère, ses rares sourires, ses mains aux doigts courts et aux ongles coupés ras. Ses obsessions altermondialistes et ses discours tiers-mondistes. Je l’ai aimé en entier. Il ne m’a jamais remarquée. A peine entrevue. J’aurais tout fait pour éclairer son regard, pour sentir sa main dans la mienne, pour un surnom, un seul, qui m’aurait été dédié. J’aurais tout quitté pour creuser son âme et m’y perdre à tout jamais. J’étais en apnée et attendais un signe de sa part pour enfin respirer. Le respirer.

Et puis, il n’y eut plus son père. Fin de la guerre délétère.

 A.L.

 

Partager

mattis dolor tristique quis, Aenean elit.