Un deuil qui n’est pas fait et une histoire qui débute alors qu’il se rend à un cours de théâtre. Grégoire, le héros de ce roman ne sait plus à quel saint se vouer alors il se voue à sa partenaire de jeu. Avance ainsi au fil des pages dans une narration simple, nette, efficace, l’histoire de cette passion.
Avec un talent de nouvelliste, Claire Thomasset sait tresser un fil souterrain et déposer des indices dont la résolution viendra éclairer les ressorts de l’attachement. Irène et Grégoire, les deux amants sont, pour l’une marié, pour l’autre, en couple. Sur fond de réminiscence de senteurs, parfum orange vanille, l’origine d’une passion est revisitée dans un roman qui se déploie rapidement en 150 pages harmoniques, s‘articulant autour d’une simple question : et si l’herbe n’était pas plus verte ailleurs ? Entre déconstruction et reconstruction, « Trois saisons » arpente avec brio celles d’une passion, dans une langue simple, tendue comme un arc pour décrire le feu et les cendres de l’amour.
Danièle Pétrès
Extrait
1.
Il roule. C’est son habitude quand il est énervé, quand il sait qu’il ne va pas dormir.
À n’importe quelle heure, Grégoire peut prendre le volant, faire trente bornes sur l’auto-
route, demi-tour et ça va mieux. Il est bien dans sa voiture. Il l’a choisie après des heures
passées sur internet à comparer les modèles. Il a finalement acheté une japonaise haut de
gamme, puissante et noire. L’intérieur sent encore le cuir neuf. Il en aime le contact. C’est
doux et souple, jamais froid, jamais chaud. Il roule. Il tend le bras pour attraper un caramel
dans la boîte à gants. Il a de quoi parer à tout, dans la boîte à gants : un rasoir, un peigne, une
brosse à dents, des mouchoirs, des pansements, de l’aspirine et des caramels, toujours les mêmes.
Il veille au bon maintien du stock.
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