Travailler sa voix et son style, par Camille Berta

Quand on s’intéresse aux questions de style, c’est une bonne idée d’aller faire un tour du côté des poètes. Ils taillent et polissent chaque vers minutieusement afin de travailler rythme et résonances. Ils peuvent être de grandes sources d’inspiration quand on écrit un texte. Sur ma table de travail par exemple, il y a notamment, Pas revoir de Valérie Rouzeau, et Cambouis, le précieux journal d’Antoine Emaz.

Dans chaque livre, on perçoit la voix de son auteur. La musique de Sorj Chalandon est bien différente de celle d’Annie Ernaux ou de Laurent Mauvignier… « On reconnait la bonne littérature, quand le texte est l’auteur » dit Philippe Jaenada (lorsque le style et l’écriture se confondent si intimement avec l’être de l’écrivain qu’ils ne font plus qu’un).

Quand on suit un atelier d’écriture, on explore ainsi différentes voix pour trouver la juste tonalité pour raconter l’histoire particulière qu’on a en tête. Les courtes phrases sèches et tranchantes ne produisent pas les mêmes effets que les longues circonvolutions qui avancent par vagues. On prend le temps de se poser la question : qu’est-ce qui est adapté à la voix de tel personnage ?

Après le premier jet, on travaille ensuite le rythme des phrases, on ajuste, on choisit. On réécrit… Dans son livre, Quand tu écouteras cette chanson, Lola Lafon évoque cette nécessaire étape : « Relire chaque matin ce qu’on a écrit la veille, est semblable à la barre quotidienne d’une danseuse face au miroir : un exercice d’humilité. Votre texte est impitoyable, il vous reflète, il est maladroit, boiteux et désordonné. » Du travail, du re-travail, il en faut pour trouver le mot juste.

Hervé Le Tellier quant à lui décrit ce processus en évoquant la pratique d’Yves, un de ses personnages – écrivain -, dans son roman Assez parlé d’amour : « Il se relit, s’exaspère de retrouver ses tics d’écriture. Alors, il efface la sonorité séduisante, la tournure élégante, il traque le pléonasme littéraire, détruit le rythme ternaire qui lui vient inconsciemment. » Essayer de relire son texte avec un œil neuf est essentiel pour questionner les expressions toutes faites, débusquer les clichés…

C’est ce que l’atelier du module 3 de L’Ecole d’écriture d’Aleph se propose de vous faire découvrir. Du 22 septembre au 14 décembre 2026, par mail, ou en présentiel du 26 au 29 octobre. C’est un atelier que j’ai souvent animé (et animerai en février prochain), et un de ceux que je préfère, pour voir s’éclore l’infinité de manuscrits possibles à partir du travail autour d’une seule phrase.

Et si, pour chercher la voix de votre prochain manuscrit, vous alliez maintenant vous promener du côté du rayon poésie de votre bibliothèque ou de votre librairie préférée pour découvrir d’autres voix possibles ?

Camille Berta

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