« Ça raconte Sarah » de Pauline Delabroy-Allard


Sarah conte Sarah. Ce que la narratrice ressent de sa rencontre avec Sarah. Au fil des pages elle est devenue Sarah, elle parle Sarah, pense Sarah. Vit Sarah, et quand Sarah n’est plus là…

Avec un premier roman vertigineux, Pauline Delabroy-Allard raconte le feu d’un amour inarrétable, la beauté d’une dévastation. Page 55 : « Le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare est une pièce inclassable où le comique et le merveilleux se côtoient tout du long. Le texte livre une réflexion sur les pouvoirs de l’imagination face à l’arbitraire de la loi, et notamment face aux rigueurs de la loi familiale ». Les parents de Sarah n’aiment pas la narratrice. Ils voudraient que cette relation cesse. Elle ne cessera pas. Mais laissera une faille. L’une a un enfant, l’autre pas. L’une est professeure de français, l’autre violoniste. L’une demeure à Paris, l’autre part en voyage. Elle est là, puis elle disparaît.

La narratrice l’attend parce qu’« elle ressemble à un personnage de roman. Elle ne se rend pas compte que c’est douloureux, pour les autres qui l’entourent. Elle est vivante. »

De concerts en retours, l’amour prend la narratrice dans la spirale folle et splendide de l’obsession consentie de Sarah.

Extrait

 « Ça raconte Sarah, sa beauté mystérieuse, son nez cassant de doux rapace, ses yeux comme des cailloux, verts, mais non, pas verts, ses yeux d’une couleur insolite, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l’allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l’étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d’une seconde à peine. Ça raconte Sarah, de symbole : S. »

82 paragraphes pour raconter l’amour, 30 pour raconter sa fin. L’incandescence d’une passion et d’une élégie.

D. Pétrès

« Ça raconte Sarah ». Prix du roman de étudiants France Culture-Télérama. Editions de Minuit (2018)

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