« Nuits d’une maîtresse », Anne-Laure Delaye

Nuits d’une maîtresse

 

Nuit familière

où je me coule

à l’ombre de ton absence

monumentale

 

Nuit découpée

d’impatience

où j’attends l’aube

concrète

de ton corps

confidentiel

 

Pour nous

le jour est la nuit

 

On joue à la nuit

on l’étire

au point du jour

à l’heure où tu surgis

ensommeillé

de sa bouche à la mienne

 

Ta vie

ce manège à bascule

 

Ni grand soir ni grand jour

nous n’avons que la nuit

matinale

de nos gestes effarés

 

Pour le feu d’une heure

j’éteins le reste du jour

vêtue

de lambeaux d’amour

J’use le temps

blottie

dans l’alcôve tiède du manque

 

À la lumière crue

je préfère les mensonges

de l’amour impossible

Et la sève tamisée

de ta langue

qui m’appartient

 

Nuit lumineuse de tes yeux

tombés sur moi

 

Nuit aride

comme l’ennui d’une source

intarissable

 

Nuit des quais

déserts

où tu ne m’attendras jamais

 

Nuit des tarmacs

et des sols étrangers à ta présence

 

Nuit des jours immobiles

qui passent

identique et solitaires

sur mon cœur chauffé à blanc