« La guerre en soi », de Laure Naimski (Éditions Belfond)

Il y a des choses dont j’aimerais parler. Mais je n’en ai pas le droit. Parce que ce sont des secrets. Si je les révélais, mon frère, Mathieu, ne me le pardonnerait pas. Après tout, je le ferai peut-être quand même. Mais à mots couverts. Il y a des choses dont je vais parler. Mais avec prudence. Parce que chaque mot libère un autre. Un mot ne vient jamais seul. Il est poussé par les autres. Et ça fait comme une poche de gaz sur le point d’éclater. On ne sait rien des mots avant de les sentir exploser à la surface de soi. Extrait de « La guerre en soi ».

Dans son deuxième roman qui vient de paraître aux Éditions Belfond, « La guerre en soi », Laure Naimski nous plonge dans les pensées de Louise qui, après avoir perdu son mari, va lentement voir son fils Paul s’éloigner.

Comprendre l’origine de cette fêlure, la revisiter sans cesse, est ce qui construit la trame de ce roman écrit dans une langue poétique et économe.

La guerre en soi est ainsi ce territoire intime qui pourrait avoir pour décor une maison de famille, une salle d’hôpital ou le bureau d’une gendarmerie. Laure Naimski brouille espaces et temps avec habilité pour restituer les tentatives de son héroïne de nommer sa douleur à travers l’état de chaos qui va la conduire à l’irréparable.

« Même les enfants perdus ont droit à l’amour »

Un drame est survenu. Paul a commencé à s’occuper de ces migrants en quête d’Angleterre au lieu de s’occuper d’elle, et progressivement, il a lui aussi commencé à dériver entre la côte et Paris pour un dernier voyage borderline. Il était trop tard pour réparer leur histoire, Louise demandait trop à Paul sans doute, quelque chose qu’il ne pouvait pas lui donner. Elle était jalouse de tous ces êtres à qui il se dévouait et pour qui il allait finir par tout quitter.

Dans ce combat d’une guerre de l’amour et du désamour en soi, il n’y aura que des perdants. C’est à ce combat qui désintègre auquel nous convie ce livre fort et dense, l’espace d’un court roman écrit comme un cri de colère, servi par une langue superbe.

D. Pétrès

La guerre en soi, Laure Naimski. Roman, Belfond, février 2019. Collection pointillés

Laure Naimski, née en 1971, est journaliste pour Arte. Parallèlement, elle se consacre à l’écriture de fiction et pratique les ateliers d’écriture (elle a notamment suivi des ateliers animation et roman à Aleph-Écriture).

Elle s’intéresse aux questions de migrations, de deuil, de séparation, ainsi qu’à la transmission de la Shoah à travers les générations. Après En kit (Belfond, 2014), La guerre en soi est son deuxième roman.

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