Les maisons d’édition qui éditent des nouvelles (1/4)

Souvent les éditeurs en France hésitent à publier des nouvelles, le roman restant l’art majeur et celui qui touche le plus de lecteurs. Pourtant, dans les pays anglo-saxons, où le trait d’esprit et l’humour tiennent encore une place à part (témoin les nombreuses revues éditant des nouvelles), elle est en pleine forme. Alice Munro, auteur de nouvelles, ne s’est-elle d’ailleurs pas vu décerner le Prix Nobel de Littérature en 2012 ?

Même si la nouvelle peine depuis une vingtaine d’années à se faire une place en France, en ces temps de confinement pourtant, plusieurs éditeurs, tels que Zulma (« Une nouvelle pour échapper aux nouvelles« ), les ont ressorties de leurs étagères numériques pour les offrir aux lecteurs gratuitement pendant ce temps de latence. Pourquoi ? Peut-être parce que tout comme la poésie, la nouvelle peut saisir en peu de mots, une émotion, une pensée, ou le détail d’un événement qui donne à réfléchir ou sourire.

C’est l’apparente économie de moyens de la nouvelle, sa manière de toucher son but comme une flèche viendrait toucher sa cible qui en constitue l’incandescente brûlure.

En ces temps où chacun est amené à se concentrer sur l’essentiel pour résister au flot contradictoire de l’information, ne pas se perdre de vue ou s’habituer à appréhender un monde nouveau (en tout cas, un monde de certitudes modifiées), la poésie comme la nouvelle ont retrouvé leur place.

Ils sont pourtant une poignée à résister, ces éditeurs qui ont parfois choisi de n’éditer que des nouvelles, comme les éditions Quadrature ou La Reine Blanche.

Avant l’été, nous avons choisi chaque semaine de vous livrer la liste de ceux qui ont choisi d’éditer « Des textes courts qui en disent long » (Amok Editions). Aujourd’hui Semaine 1 sur 4!

Quadrature

« Lors de la fondation de Quadrature, en 2005, il existait des éditeurs de nouvelles mais aucun qui fût entièrement dédié à ce genre littéraire passionnant, capricieux et multiforme. Le genre de la nouvelle s’imposait à la fois comme une perspective et comme un défi : si, comme on l’entendait partout dire, il était difficile d’éditer des nouvelles, alors peut-être fallait-il ne faire que cela et devenir une référence en la matière ».

L’éditeur Belge Quadrature avec sa quarantaine de recueils parus présente un éventail des manières de décliner la nouvelle offrant une représentation crédible de la nouvelle en tant que genre littéraire.

Dernier ouvrage paru : « Le plan de vol a changé » d’Olivier Coutier-Delgosha.

4ème de couverture : Un avion qui décolle, c’est peut-être une semaine au soleil en perspective, ou qui sait un nouveau départ, une fuite, un adieu. Dans un aéroport la vie prend des tournants inattendus. Ces dix-huit récits parlent d’espoir et de nostalgie. Le plan de vol qui a changé, c’est celui de nos vies, qui ne suivent jamais le cours prévu.

L’Arbre Vengeur

Cet ancien libraire a créé sa maison « L’arbre Vengeur » pour publier des fragments, recueils de nouvelles, courts romans. Mordants, caustiques, énervés, les livres qu’il publie sont des manifestes, des brûlots ou des blagues. Eric Chevillard y publie régulièrement ses chroniques acerbes ou son journal, ça dépend comment on voit les choses.

« Mon écriture privilégie ces deux motifs : l’aphorisme et la digression. Et cependant, j’échoue misérablement chaque fois que j’essaie de placer – ce serait mon grand œuvre – une digression dans un aphorisme. »

Eric Chevillard

Editions La Reine Blanche

Les Editions de la Reine Blanche publient des textes qui apportent au récit une intensité qui répond à la théorie de « l’effet d’Edgar Allan Poe qui fonde les règles de composition littéraire sur la nécessité d’engendrer chez le lecteur une émotion particulière. La maison d’édition publie uniquement des nouvelles et des récits courts, francophones et étrangers, classiques ou contemporains ».

Dernier ouvrage paru le 9 mars 2020 : Klaus Mann, « Avant la vie »

4ème de couverture : Ce recueil présente huit nouvelles inédites de l’écrivain allemand Klaus Mann, publiées entre 1924 et 1932. Il s’agit d’œuvres de jeunesse, inscrites dans le chaos provoqué par la défaite de 1918 et l’instauration de la République de Weimar. L’auteur, qui a entre 18 et 26 ans, décrit une jeunesse confrontée à une profonde crise sociale et politique. Le jeune écrivain présente la réaction de sa génération comme une recherche désespérée d’une nouvelle voie, d’un nouveau sens à la vie.

Les éditions du Chemin de fer

Créées en 2005 par Renaud Buénerd & François Grosso, les éditions du Chemin de fer ont œuvré sur un catalogue littéraire exigeant, construit sur la forme narrative courte, nouvelles et novella, alliée à un intérêt fondateur pour le renouveau du dessin en tant que medium de modernité.
Les éditions du Chemin de fer publient exclusivement des livres d’une seule longue nouvelle (entre 40 000 et 90 000 signes). 

Dernier ouvrage paru : Mercedes Deambrosis : « Rendez-vous au paradis »

4ème : Rendez-vous au paradis alterne le récit des derniers jours de la mère de Mercedes Deambrosis à l’hôpital de Marseille et le “roman” d’une jeune fille, Guri, dans l’Espagne franquiste. Mercedes Deambrosis, dans son premier texte autobiographique, a subtilement réussi à faire le portrait sans fard de celle qui lui aura reproché sa vie durant de ne pas être la fille qu’elle aurait voulu.

Editions Amok

Créée en 2016 par Olivier Ginestet, Amok est une maison d’édition indépendante, spécialisée dans la publication de textes courts. Avec une trentaine de titres à son actif, la maison d’édition rochelaise sait découvrir de courts romans ou des nouvelles longues, qui se lisent d’une traite avec passion. Son slogan « Des textes courts qui en disent long ».

A paraître en juin 2020 : Une obsession d’Isabelle Flamand

Editions Finitudes

Le premier livre édité par Finitude, en 2002, était un recueil de nouvelles de Jean Forton, Pour passer le temps. L’année suivante, un second volume paraissait, Jours de chaleur, tiré du même manuscrit. Ces deux titres sont réunis aujourd’hui en un seul volume, augmenté de trois nouvelles inédites. « La nouvelle est un art difficile. Question de rythme, de style, de sens de la chute ».

Les Editions Finitudes publient essentiellement des romans, mais parfois se laissent séduire par des nouvelles, préfère cependant des récits humoristiques ou des histoires incongrues. La maison indique sur son site : « Nous précisons que nous ne publions pas de poésie, théâtre, spiritualité, littérature jeunesse, science-fiction, fantasy, horreur, littérature sentimentale, développement personnel, livres pratiques, mauvais livres, cuisine, régionalisme. Inutile donc de nous faire parvenir vos manuscrits dans ces domaines ».

A la semaine prochaine !

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