Rentrée littéraire : « Mon année de repos et de détente » d’Ottessa Moshfegh

Critique littéraire et écrivain, Pierre Ahnne a publié six romans entre 1997 (Comment briser le cœur de sa mère, Fayard) et 2015 (J’ai des blancs, Les Impressions Nouvelles). Depuis 2011, il tient un blog littéraire, Le Nouveau blog littéraire de Pierre Ahnne. En cette rentrée littéraire, il nous fait partager sa lecture du roman d’ Ottessa Moshfegh traduit de l’anglais par Clément Baude (Fayard)

C’est ce qu’on appelle une bonne surprise… La narratrice anonyme du deuxième roman de cette jeune écrivaine américaine est encore plus jeune qu’elle, new-yorkaise, riche et branchée. Elle a une amie, Reva, qu’elle connaît depuis assez longtemps pour que, dit-elle, « nous n’ayons plus à partager que notre histoire commune, circuit complexe de rancœurs, de jalousies, de dénis, et quelques robes que je l’avais laissée m’emprunter, qu’elle m’avait promis de nettoyer à sec et de me rendre, mais sans jamais le faire ». Elle avait aussi, peu avant que le récit commence, un « petit ami » (« si tant est que je puisse qualifier ainsi Trevor »).

Est-ce parce que, une fois de plus, il l’a abandonnée ? Elle décide d’«hiberner», autrement dit de s’organiser de façon à pouvoir «prend[re] des cachets à haute dose » et « dorm[ir] jour et nuit, avec des pauses de deux à trois heures », pendant une « année de repos et de détente ».

Le roman raconte, de l’été 2000 à l’automne 2001, la réalisation de ce projet, que ne contrarient qu’à peine les visites de la copine (« J’étais à la fois soulagée et agacée, comme vous vous sentiriez si quelqu’un vous interrompait en plein suicide »), et que scandent les sorties jusqu’à la « bodega » du coin de la rue, les crises de nostalgie amoureuse ( ?), les visites au docteur Tuttle, lequel signe toutes les ordonnances qu’on veut et conseille « de prendre un animal de compagnie pour développer [ses] compétences relationnelles » (« Les perroquets, paraît-il, ne jugent pas »).

Sans complexe et sans empathie

Tout, on le voit, semble réuni pour quelque chose de girly, d’humoristique et de furieusement new-yorkais. Au début, on croit bien être en train de lire ça. Sauf que rien ne se passe vraiment comme on aurait pu s’y attendre. D’abord, l’héroïne n’est ni obèse ni complexée, au contraire : « grande et mince, blonde, belle et jeune », comme elle le rappelle elle-même à plusieurs reprises, elle ressemble à «  un mannequin en congé ». Et on ne peut pas dire non plus qu’elle soit attendrissante ou commande la sympathie : « Laissez-moi être un glaçon », voilà son credo. Bref, et tant mieux, tout cela n’a rien de tendre. D’ailleurs, dans quelle tonalité sommes-nous ? L’ironie grinçante, certes, mais un climat de plus en plus inquiétant s’installe à mesure que le personnage s’enfonce dans le monde nébuleux et répétitif qu’il s’est choisi. LIRE LA SUITE de l’article de Pierre Ahnne ICI

Copyright photo de couverture d’article : Danièle Pétrès

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