Sylvie Neron-Bancel sur le Chemin de Compostelle : « Quand on marche on se détache, on quitte, on se sent libre »

Sylvie Neron-Bancel aime marcher. Elle a imaginé le faire en groupe du 27 juillet au 31 juillet 2020 sur le Chemin de Compostelle, pour écrire, lire, rencontrer l’écriture des autres. Mais ce n’est pas un Chemin comme les autres. Pourquoi ?

L’Inventoire : Vous proposez un stage depuis deux ans qui propose aux participants d’écrire sur les chemins de Compostelle. Comment vous est venu l’idée de cette aventure ?

Sylvie Neron-Bancel: J’ai marché sur ce chemin, du Puy-en-Velay jusqu’à Santiago, avec des amis, en famille et cette pérégrination, qui a duré huit ans, était chaque fois un moment entre parenthèses que je n’aurais raté pour rien au monde.

Je me suis dit qu’il fallait partager cette expérience de la marche, sur ce chemin-là, avec d’autres. Qu’il était intéressant d’écrire cette expérience du corps en train de marcher, de garder trace des ciels, des forêts, des rencontres, des instants fugaces, d’où l’idée d’écrire en marchant.

Sylvie Neron-Bancel

Pensez-vous que ce chemin est une forme de voyage initiatique et quand le fait-on ?

Lorsque j’ai commencé à marcher, je ne savais pas ce que j’allais découvrir. Il n’y avait pas l’engouement de ces dernières années, tous ces articles, livres publiés sur Compostelle.

Quand on marche, on est seul, on a le temps de penser, de questionner le monde dans lequel on vit, et en même temps on n’est jamais seul, on met les pas dans ceux qui nous ont précédés.

Quand on marche, on se détache, on quitte, on éprouve dans son corps le rythme lent de la marche, on se sent libre.

On ressent vite la simplicité du chemin, on se sent en communion avec la terre, ceux qui la représentent, les paysans, et tous ceux qui s’engagent pour faire vivre ce chemin. Il n’ y a pas d’âge pour partir, il faut juste se rendre disponible, savoir saisir la grâce du moment.

« La simplicité ne peut être comprise par ceux qui ignorent qu’on ne s’en approche qu’après avoir parcouru un long chemin ».

Charles Juliet

En combien de temps les marcheurs forment-ils un groupe uni ? Dormez-vous dans des hébergements réservés à l’avance, ou comme les marcheurs du Chemin ?

Tout le monde ne marche pas au même rythme,  le groupe encourage, soutient, celui ou celle qui marche plus lentement, chacun donnant un peu de soi, à différents moments de la journée. Le groupe se forme très rapidement, on partage la même chose. On est tous semblables, de simples marcheurs.

On dort dans des hébergements (gîtes, petits hôtels, Donativo) que je réserve à l’avance.

L’année dernière, nous avons eu une belle expérience dans un Donitivo (on donne ce qu’on veut pour la nuit). Le propriétaire du lieu, qui savait que nous étions un groupe d’écriture nous a demandé d’assurer l’animation de la soirée qui se passait après le dîner dans une petite chapelle, qu’il avait construite lui-même avec des bénévoles. Les participants ont lu leurs textes écrits pendant ce stage, dans cette pièce, où il y avait juste une vierge en bois, quelques fleurs champêtres, des tabourets, des bancs, un vieux canapé. C’était très émouvant d’entendre les mots circuler, aller vers des jeunes, rebondir vers des personnes seules, rassembler des croyants, des non-croyants, des étrangers. La magie agissait même si certains ne comprenaient pas notre langue. C’est aussi cela le chemin, de belles rencontres.

Je précise que la logistique, est assurée par une amie, qui transporte les sacs chaque jour. C’est un confort formidable pour les participants de savoir qu’une voiture est toujours là. Je la remercie beaucoup de sa présence.

Quelles ont été vos inspirations en ce qui concerne les consignes d’écriture, peut-être parmi les écrivains qui ont écrit sur le Chemin les 5 dernières années (Jean-Christophe Rufin, Alix de Saint-André, etc.) ?

D’autres écrivains m’inspirent davantage. Des écrivains marcheurs, comme Sylvain Tesson, Peter Handke, Axel Kahn, etc., des poètes, comme Charles Juliet, Christian Bobin, des auteurs comme Belinda Canonne, Lydie Salvayre, et j’en oublie. C’est un stage que j’alimente de nouvelles propositions,  de nouveaux textes chaque année au gré de mes lectures, de mes rencontres avec des auteurs.

L’expérience est riche de sensations, d’écriture, et aussi de photos, comme je l’ai vu l’an passé. Comment s’est passée l’aventure ? Marchiez-vous le matin, et écriviez-vous l’après-midi ?

Chacun a son carnet ou ses carnets dans son sac à dos, peut à tout moment s’arrêter, prendre des notes, des photos, cueillir des brins d’arbustes, des pétales de fleurs (pas trop). On part de bonne heure, je donne une consigne d’écriture ou je lis un texte pour démarrer. On s’arrête dans la matinée pour écrire ou lire des textes à voix haute, les oiseaux  nous accompagnent souvent. Je propose un autre temps d’écriture pendant la pause déjeuner, sur un tronc d’arbre ou sur une table pique nique si on en trouve une, et en fin de journée avant le repas aussi. Le carnet se remplit ainsi.

Savez-vous s’il est advenu des carnets de Compostelle après le voyage, de la part des participants ? Êtes-vous restés en contact ?

Certaines m’ont envoyé leurs textes et leurs photos; qui sont publiés ici sur l’Inventoire en deux posts, en illustration de cet article, ils rassemblent les haïkus et les fragments de carnets.

Une participante organise en ce moment  une exposition  qu’elle a intitulé Chemin(s), à Saint Malo, où elle présente ses photos et un livret vagabond.

Est-il nécessaire d’avoir la foi pour effectuer ce voyage spirituel sur le Chemin de Compostelle ?

En marchant en silence, comme je le suggère à certains moments, on respire à son rythme, on se concentre sur la marche, on se recentre, on écoute tous les silences qui existent dans la nature, on réapprend à entendre sans être interrompu. Certains s’arrêtent dans des chapelles, prient, d’autres photographient les noms dans les cimetières, d’autres des croix, des fleurs, des pierres, des troncs d’arbres. La beauté est là, partout autour de nous, prête à jaillir, à être ressentie, écrite.

L’Inventoire

Le prochain voyage de Sylvie aura lieu du lundi 27 juillet 2020 au vendredi 31 juillet 2020. Ce stage propose d’explorer les champs d’expérience du marcheur, du photographe, du collectionneur; en exerçant son regard, écrivant sur des rencontres, des instants fugaces. On y lit à voix haute des textes. Chaque fin d’après-midi, on partage l’expérience de réaliser son carnet de voyage.

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