Le stage qu’anime Sylvie Chenus, comédienne et dramaturge s’adresse à des auteurs, il a des objectifs pratiques, en se proposant notamment de savoir répondre à une commande d’écriture. Écrire au bord du plateau, être inspiré par la voix, le lieu, le texte, la consigne, c’est un voyage au cœur de l’écriture théâtrale auquel Sylvie Chenus convie chaque année à Aleph les heureux participants de son atelier. Il se déroulera cette année du 8 mars 2019 au mardi 12 mars 2019.

L’Inventoire: Sylvie Chenus, vous avez écrit une trentaine de pièces de théâtre. Quelle est la part de commande dans l’ensemble de ces textes ?

Sylvie Chenus : Je dirai une bonne moitié, les commandes venant de metteurs et de metteuses en scène, d’une compagnie, d’un théâtre… le reste ce sont les commandes que je me suis faîtes à moi-même… pas les plus faciles pour y répondre !

Y a-t-il encore beaucoup de commandes aujourd’hui, alors que les budgets sont en baisse pour la création théâtrale et radiophonique ?

Il est certain que nous ne traversons pas une période glorieuse et les restrictions budgétaires obligent souvent les compagnies à trouver dans leur groupe une personne prête à se décréter auteur ou autrice pour éviter un budget écriture. Mais il faut croire aux rencontres ! Ce sont les rencontres qui provoquent l’envie de travailler avec telle ou telle personne.

Comment êtes-vous venue à l’écriture de pièces de théâtre ?

En jouant, ce que j’ai fait professionnellement dès l’âge de 19 ans.

J’écrivais beaucoup pour moi, des textes, des poèmes… tout ce que l’on ose écrire quand on est jeune. L’écriture et le théâtre se sont donc rencontrés facilement, d’ailleurs ma première pièce c’est moi qui la jouais, ainsi que les cinq premières !

Ensuite j’ai eu envie de les donner à jouer, ce qui est tout à fait différent comme expérience ! et comme rapport à l’écriture.

Quels sont les auteurs qui vous ont inspiré au départ ?

J’ai commencé par cracher sur les auteurs de théâtre avant de les aimer ! L’époque m’y a aidée. Le rapport au texte était hyper classique et respectueux, cela m’a jetée dans les bras d’un théâtre qui partait du corps, pas des mots.

J’en ai gardé ce que je crois être ma spécificité, c’est-à-dire une écriture qui passe très vite par le corps, le sien et/ou celui des autres. Les mots écrits passent rapidement en plateau, c’est là qu’ils prennent leur force. C’est aussi là qu’ils peuvent dévoiler leurs failles. L’importance du non-dit, de l’ellipse, ne peut prendre sens qu’en plateau.

J’ai donc beaucoup aimé, et j’aime encore beaucoup des auteurs et autrices très différentes : Beckett quoi qu’on puisse en penser, Nathalie Sarraute quoi qu’on puisse en penser, Angelica Liddell parfois, Daniel Keene toujours…

Ceux qui vous inspirent maintenant ?

C’est le monde qui m’inspire, pas les autres auteurs ou autrices.

En quoi l’écriture théâtrale a-t-elle évolué en 30 ans ? Il me semble qu’elle n’a pas tant évolué que ça d’ailleurs ; si ce n’est qu’on voit beaucoup plus de récits de vie, de « textes écrits oralisés », appétit peut-être du public pour le « vrai » ou facilité à monter de tels textes peu écrits laissant la part belle au récitant ou au comédien ?

Si, elle a beaucoup évolué car ce que l’on appelle écriture théâtrale aujourd’hui n’est plus uniquement l’écriture textuelle. La mise en scène est une écriture, la scénographie, la vidéo etc. Nous devons résister pour garder au texte sa valeur irremplaçable, mais nous ne pouvons nier ces écritures plurielles qui existent et qui modifient le rapport au texte.

Ce qui a changé aussi c’est l’apparition de toutes ces adaptations de film, de romans, d’essais… Comme vous le dites il y a beaucoup de « textes écrits oralisés », cela fait du théâtre parfois magnifique, mais il ne faudrait pas que cela prenne toute la place de l’écriture actuelle.

Quand pensez-vous avoir terminé l’écriture d’une pièce de théâtre ?

Très difficile de savoir… jamais vraiment et pourtant un moment vient où continuer de travailler sur un texte empêche un autre d’émerger. Il est temps alors de boucler le premier pour commencer le suivant.

Pratiquez-vous, vous-même, l’écriture au bord du plateau ? Quel en est l’intérêt ?

Non seulement je la pratique mais c’est mon cheval de bataille depuis, j’ose le dire, les années 80. Je n’ai jamais quitté ce type d’écriture. En 1982, au CUIFERD qui était le Centre universitaire de formation et de recherche dramatique, en lien avec le festival de Nancy, j’animais déjà des stages intitulés « improvisations et écriture ». C’était l’amorce de l’écriture plateau. En tant que comédienne j’ai participé à de nombreux spectacles écrits sur le mode de l’écriture plateau. C’est ce fameux lien entre le corps et le texte, l’écrit et l’oral, qui est incontournable selon moi.

Les objectifs pédagogiques sont les suivants :

  • Écouter, comprendre la commande d’écriture
  • Travailler sous forme d’échange avec une compagnie (metteur en scène, acteurs, scénographie, public)
  • Élaborer une méthodologie d’écriture par rapport à la commande
  • Utiliser l’écriture plateau pour certaines étapes de l’élaboration du projet : improvisations, retranscription de ces improvisations, adaptations au service du projet
  • Écrire un premier jet des premières séquences
  • Tester les textes en plateau sous forme de lectures

En cinq jours, c’est un beau programme. Comment qualifieriez-vous votre approche d’un atelier avec des auteurs ?

Sur les stages déjà accomplis nous avons pu vérifier, comme souvent, comme toujours, que les auteurs et autrices qui participent n’ont pas le même parcours, la même commande, le même passé, les mêmes projets… nous sommes amenés à faire à la fois  du travail collectif et du cas par cas, ce qui est passionnant pour nous, animateurs, et pour les stagiaires qui traversent leur propre expérience mais aussi celle des autres. Cinq jours c’est  « à l’arrache » mais c’est presque une constituante de la création théâtrale. Aujourd’hui plus que jamais !

Je sais que vous restez souvent en lien avec ceux que vous avez rencontrés via ces ateliers. Cela tient-il à la dynamique de groupe ?

Je suis toujours contente de savoir que tel ou tel texte a abouti. C’est un intérêt sincère. Par contre je ne peux pas suivre tous les textes qui aboutissent suite aux stages que j’anime… les groupes très unis par le type de travail que nous pratiquons continuent donc souvent à se réunir pour échanger entre eux, et plus si affinités, après le stage. Ce que je trouve juste car si l’écriture est un acte solitaire, le théâtre est un sport d’équipe !

Quel est votre secret ?

Mon secret ? je ne sais pas… d’aimer ce que je fais, d’aimer le théâtre qui ouvre à l’infini les champs du possible artistiques et humains, d’être toujours partante pour travailler sur un texte, de ne pas vouloir y mettre ma vision théâtrale, mais toujours de chercher à entendre et d’aider à émerger ce qui fait la spécificité de chaque écriture. Sinon on va tous écrire comme Untel ou Untel, comme l’on croit qu’il faut écrire, et le théâtre est foutu !

Quel est votre prochain projet personnel, en tant que dramaturge ?

Je viens de finir une pièce qui s’appelle « Ce n’est pas que je m’ennuie mais il faut que j’y aille » . Je l’aime bien mais elle ne me satisfait pas, je vais donc  la confronter à un groupe de travail pour comprendre ce qui me plaît et ce qui me gêne. Ensuite je finirai de l’écrire avant d’essayer de la mettre en de bonnes mains…

DP

Bio-bibliographie

Depuis 1984, Sylvie Chenus a écrit une vingtaine de pièces dont la plupart ont été jouées. Beaucoup ont été écrites pour répondre à des commandes. Elle est sociétaire de la SACD, vice-présidente des EAT Écrivains associés du théâtre et Chargée de mission des deux Comité de lecture : tout public et jeunesse.

Elle est bénéficiaire de bourses : DMDTS pour Le Roucoulement des hommes (2001), CNL pour Les Mots nourris sous la mère (2000), Fondation Beaumarchais pour Saga de la Gare du Nord, texte Lauréat du prix du Théâtre des Célestins de Lyon (1993), CNL pour Le Moulin Zinzolin (1991).

Ses textes sont publiés aux éditions Les Quatre vents, L’Avant-scène-théâtre, éditions Lansman, éditions Théâtrales, Premières Impressions/CNES…

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