Vos textes à partir de « Jacob, Jacob » de Valérie Zénatti – A. Lah

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Cette semaine, voici les quatre autres textes en réponse à la proposition d’écriture d’Arlette MONDON-NEYCENSAS autour du roman de Valérie Zénatti: « Jacob, Jacob » (Éditions de l’Olivier, 2014). Voici celui de Aurélie Lah. 

Si

Si je ne n’avais pas fui sans un mot ni un sou vers une autre vie, si comme une abeille sur le dessus de ma main je ne t’avais pas chassée de ma vie,

si je ne m’étais pas envolé vers cette terre promise inconnue, si je n’avais pas erré pendant ces dix années pour créer seul entouré d’inconnus,

si je n’avais pas poursuivi sans espoir de tristes chimères, si j’étais resté auprès de toi mon unique chimère,

si de cette longue descente aux enfers j’avais extrait une œuvre à la hauteur du manque de toi, si chaque soir puis chaque jour puis toutes les nuits et les journées aussi je n’avais pas bu en imaginant ma vie avec toi,

si j’avais été digne de nous, mais il est trop tard,

aujourd’hui tu es venu à ce rendez-vous, tu m’as laissé effleurer ta main avec mes premiers mots, serrer ton poignet quand ma voix s’est élevée, m’agripper à tes épaules devant ton regard étonné puis indifférent, pleurer ton départ précipité derrière la vitre du café,

je t’ai regardé t’éloigner, ralentissant dès la porte refermée pour ne pas glisser, accrochée à cet équilibre que je ne soupçonnais pas, luttant contre la neige d’un hiver pesant, frêle silhouette recroquevillée flocons solidaires, un peu éclairés par les réverbères,

et puis j’ai deviné tes pas qui s’accéléraient, ton corps qui se détendait, ton sourire qui naturellement s’esquissait et au loin une main tendue qui ne m’appartenait plus.

A.L.

 

 

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