Vos textes à partir de « Jacob, Jacob » de Valérie Zénatti – MC Gardien

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Cette semaine, voici les quatre autres textes en réponse à la proposition d’écriture d’Arlette MONDON-NEYCENSAS autour du roman de Valérie Zénatti: « Jacob, Jacob » (Éditions de l’Olivier, 2014). Voici celui de Marie Claude GARDIEN.

S’il avait eu moins peur, moins peur des mots, s’il avait pu les goûter les mots, pas les cailloux, de ceux qu’on lâche comme ça sans y penser et qui tombent sur n’importe quel chemin, dans n’importe quel creux d’ oreille, s’il avait pensé, juste une fois, que ses mots, les siens à lui, n’étaient que des pierres, anonymes et tristes sur un chemin déjà empierré, déjà encombré de ces pierres, toutes semblables, blessantes au pied nu de celle qui ne sait pas se protéger , s’il avait pu entendre d’autres mots, dits par une autre peut être, une autre qu’il aurait aimée par exemple, s’il avait été ému par cette autre femme aimée entièrement, qui aurait su faire taire cette vieille peur là… une femme qui, pour lui seul, aurait eu ce parfum du jasmin de juin, la douceur d’un velours ancien, oui, s’il avait entendu soudain tout à la fois la musique et le sens et la force des mots…

Alors, le monde aurait pu changer, son monde, il y aurait eu d’autres couleurs, une harmonie, un chant d’oiseau, et de loin, de très loin, il aurait accepté la grâce, le souffle, à peine présent, à peine pour ne pas l’effrayer… Oui, tout aurait pu changer avec ce souffle et cette grâce-là qui l’auraient atteint, qui auraient réussi à l’atteindre, et à son tour, apaisé, curieux, avide peut être, il les aurait cueillis à son tour, les mots, dans un creux de main, dans un creux de plume ou de vol d’hirondelle… dans un Rien qui alors serait Tout.

MC.G

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