Vos textes à partir de « Jacob, Jacob » de Valérie Zénatti – M. Drique

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Photo: DP

Cette semaine, vous avez été nombreux à répondre à la consigne d’écriture d’Arlette MONDON-NEYCENSAS autour du roman de Valérie Zénatti: « Jacob, Jacob » (Éditions de l’Olivier, 2014). Nous en avons sélectionné huit que nous publierons sur deux semaines consécutives. Voici celui de Manon Drique.

Si nous avions habité dans la même ville, il y aurait eu plus de mots parlés et moins de mots écrits. Il y aurait eu des rendez-vous plusieurs fois par semaine, des diners improvisés, des cours séchés pour aller boire du thé et accorder nos grandes idées. Nous aurions longé le cours du fleuve, pique-niqué sur les quais dès les balbutiements du printemps et répondu « j’arrive » à la solitude chuchotée dans le téléphone, à la voix un peu nouée par les sanglots. J’arrive, qu’est-ce que j’aurais aimé te dire ces mots-là, ces quelques syllabes sans caprices de kilomètres. Chacune à notre tour, nous aurions amené notre paquet de nœuds trop serrés à l’autre, ces jours où il n’y a rien d’autre à faire que de démêler, on aurait marché longtemps dans la ville pour que les pensées cessent enfin de s’enrouler sur elles-mêmes. Une journée pour dénouer ? J’arrive. On aurait eu des habitudes devenues des rituels, des endroits préférés, des galops effrénés dans une forêt aux grandes allées, certaines insomnies moins douloureuses puisque partagées, des partitions piano-voix à travailler, de la musique à écouter une fois les mots fatigués, des week-ends au bord de la mer. J’arrive. Ce mot, telle une possibilité réconfortante survolant nos quotidiens vécus côte à côte.

Des mails à Elise innombrables, la distance bruyante, des liens que rien ne distend, l’amitié est-elle vraiment faite pour s’accommoder de toute cette distance ? Probablement pas, mais lorsque celle-ci est si forte qu’elle semble inéluctable il n’y a plus qu’à inventer autrement. Border le manque avec les pensées, les mots et la complicité, se bercer l’une et l’autre de « je suis là, je reste là », tout en imaginant à quoi cela aurait ressemblé sans nos au revoir toujours trop grands.

M.D.

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