Les écoles d’écriture dans le monde: Mariana Torres, enseigner à Madrid

Découvrir comment l’écriture est enseignée en Europe et ailleurs, par le lieu, l’implantation géographique et l’environnement… C’est ce que nous vous proposons par une série d’interviews avec des responsables de programmes d’écriture créative partout dans le monde.
Aujourd’hui, Mariana Torres pour la Escuela de Escritores de Madrid vous raconte son école. Propos recueillis et traduits de l’anglais par Louise Muller.

 

Louise Muller: Quand est née l’école ? Qu’est-ce qu’on y propose ?

Mariana Torres: La Escuela de Escritores est née, sous son nom actuel, en juin 2003. Mais pour parler du moment de sa création, il faut revenir à octobre 2000, quand le Writers Workshop de Madrid, dirigé par Enrique Páez, a proposé les premiers ateliers à distance. De nombreux intervenants qui travaillent aujourd’hui pour la Escuela viennent de cet atelier, et l’esprit de ses classes dynamiques et interactives reste encore bien présent dans l’école.

Nous proposons plus de 60 formations différentes à l’écriture, dont un grand nombre dédiées à un genre ou une technique d’écriture particulière, et d’autres conçues pour permettre aux apprenants, après quatre ou cinq années d’écriture en atelier, de manier avec adresse les outils permettant l’écriture d’un roman, d’un recueil de poèmes ou de nouvelles.

Les formations à distance sont le socle de notre école. Chaque année, plus de mille personnes participent à nos formations et à nos ateliers par Internet, la plupart provenant d’Espagne ou d’Amérique Latine, mais aussi de différentes villes lointaines, comme Tokyo, Bangkok ou Pretoria. Les cours en ligne nous permettent également de travailler avec des intervenants qui vivent dans d’autres pays et qui enrichissent nos pratiques de leur champ d’expérience en pédagogie de l’écriture créative.

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Rue Manuel González Longoria

Notre Master en Narration « L’art et l’artisanat », que nous proposons depuis 7 ans, est un autre élément fondamental de l’école. Sensibilité, créativité et technique constituent les lignes de force de cette formation présentielle sur deux années (876 heures de travail pour les apprenants), qui combine cours théoriques, pratiques et créatifs. Le Master amène les étudiants aussi bien à la maîtrise des techniques de construction du récit qu’à la découverte d’autres domaines qui peuvent leur être utiles, tels que la psychologie, la philosophie ou les arts visuels.

Quelle est l’idée de l’écriture créative que l’on se fait ici ?

Mariana Torres: Javier Sagarna, notre directeur, exprime nos convictions en ces termes : « Écrire est, fondamentalement, un artisanat ; un artisanat qui peut et doit être enseigné. Un artisanat qui, quand il est pratiqué avec joie, est un grand plaisir ; mais quand il est pratiqué avec habileté et talent, il devient un art. Notre vocation est d’enseigner cet artisanat. ».

Nos cours combinent théorie et pratique, mais le travail en atelier est essentiellement pratique. Les participants lisent leurs textes à voix haute et, guidés par le formateur, font des retours sur les textes des autres. Ils écrivent parfois pendant la séance, mais généralement ils le font chez eux, en se basant sur la proposition faite pendant l’atelier. Dans notre méthodologie, nous commençons toujours par montrer aux participants qu’ils sont capables d’écrire n’importe quel texte à partir du moment où ils affrontent le processus d’écriture sans peur. Nous leur apprenons comment autoriser le texte à sortir d’eux, et comment laisser les mots trouver leur propre chemin. Et après le premier jet, nous leur apprenons à réécrire leur esquisse, à l’affiner et à l’améliorer sans perdre ce qui constituait sa valeur initiale, tout en accentuant les qualités naturelles de l’auteur.

Un écrivain doit savoir écrire et réécrire. Il a besoin de libertés pour écrire, mais aussi de techniques et de connaissances pour réécrire. À travers la pratique, les participants apprennent à gérer ce double mécanisme. Pour devenir formateur à la Escuela de Escritores, il vaut mieux être un excellent pédagogue qu’un grand écrivain, même s’il faut pouvoir comprendre et expérimenter les sentiments et les besoins de celui qui écrit.

photo-2BLouise Muller: Quelle est l’histoire des locaux ? Comment l’école est implantée dans le quartier, qu’est-ce qu’il y a autour?

Mariana Torres: La Escuela de Escritores a des locaux à Madrid, Saragosse et Burgos. Le bâtiment principal se trouve à Madrid, nous avons déménagé dans une toute nouvelle école il y a peu (en septembre dernier). Celle-ci comprend 7 salles de formation et une pièce commune où l’on peut lire et écrire, avec une bibliothèque à la disposition de tous. Nous sommes maintenant dans la rue Covarrubias, au centre du quartier Chamberí, près du square Alonso Martínez et de la rue Sagasta. Le bâtiment, moderniste, a été construit à la fin du XIXème siècle par les architectes José Marañón and Daniel Zavala.

Louise Muller: Est-ce qu’à votre avis l’environnement influe sur l’écriture des élèves/participants ?

Mariana Torres: Bien sûr… La Escuela de Escritores de Madrid se trouve dans un quartier central, entouré de différentes stations de bus et de métros. L’école est aussi très proche de Malasaña, un quartier vibrant, plein de bars, de restaurants et de clubs animés. La plupart de nos activités se déroulent à la fin de la journée (la plupart de nos étudiants viennent en atelier après leur travail), il est donc important d’avoir des endroits où manger et boire un verre autour de notre école.

Louise Muller: Qu’est-ce que l’on voit à travers la fenêtre ouverte ? Approchez-vous de la première fenêtre accessible et ouvrez-la ; que voyez-vous ?

Mariana Torres: Nous sommes basés au rez-de-chaussée de l’immeuble, il y a un donc un grand choix de fenêtres… Elles donnent toutes sur la rue Covarrubias ou sur la rue Manuel González Longoria. Si nous ouvrons les fenêtres de la salle Aureliano Buendía qui se trouve à l’angle de la rue, on peut voir l’immeuble à côté. Les immeubles sont tous du même style dans le quartier.

Louise Muller: Si l’on sort de l’école et que l’on tourne trois fois à droite sur quoi tombe-t-on ? Qu’est-ce qui s’y passe ? Merci de faire une photo et d’envoyer une petite description…

Mariana Torres: Si on tourne trois fois à droite à partir de la porte principale, on revient pratiquement à l’école puisqu’elle couvre une partie de deux rues différentes. Nous sommes dans la rue Manuel González Longoria, une rue très calme avec très peu de circulation. Ici, la vue la plus intéressante est celle de notre salle Ana Karenina.

L.M.

Mariana Torres, écrivain et scénariste a publié son premier recueil de nouvelles en Espagne, El cuerpo secreto (Éditions Páginas de Espuma), en 2015. Elle a publié depuis deux anthologies de nouvelles (201§ et 2018).

À la Escuela de Escritores, elle est responsable du département contrôle qualité, qui supervise le  fonctionnement pédagogique des activités et du programme de formation permanente des formateurs. Celui-ci leur permet de continuer à se former dans les domaines proposés par l’école. Le département inclut également l’organisation des contenus théoriques, créés en collaboration étroite avec les formateurs.

(paru une première fois en 2016)

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