Les recommandations de lecture de l’Inventoire pour la rentrée 2016 #2

Toute l’équipe de l’Inventoire vous conseille la lecture de « ses » romans de la rentrée littéraire. Voici un choix de 12 livres à dévorer !

imagesMichèle Cléach

Au commencement du septième jour de Luc Lang (Stock, 2016)

Au début d’Au commencement du septième jour, l’événement qui va faire éclater la vie de Thomas, l’accident étrange de sa femme Camille sur une route sur laquelle elle n’avait aucune raison de se trouver, est d’emblée annoncé au lecteur, a contrario de tous les autres événements du récit qui ne seront évoqués que presque incidemment et dans l’après-coup. C’est une des nombreuses subtilités de ce récit, dont l’écriture dense et tendue, où se mêlent et s’enchaînent récit, descriptions, dialogues, soliloques, sans rupture typographique aucune, met aussi le lecteur en tension.

Dans ce livre en trois livres, on traverse l’histoire et la géographie personnelle et familiale de Thomas, l’histoire et la géographie du monde aujourd’hui, et quand on le referme, on reste longtemps habité autant par les personnages et les paysages traversés,  que par l’écriture de ce superbe roman.

M.C.

Michèle Cléach conduit pour Aleph-Écriture la formation de base à l’animation d’ateliers, la formation de biographe, ainsi que des stages dédiés aux écrits professionnels et des cycles de création littéraire

de-waresquielJuliette Rigondet

Juger la reine de Emmanuel de Waresquiel (Tallandier, 2016)

Un matin couvert d’octobre 1793, Marie-Antoinette entre dans la salle du tribunal révolutionnaire. Son extrême myopie, conjuguée à l’état de sidération dans lequel elle se trouve, ne doit pas lui permettre de percevoir autre chose que « la touffeur d’une salle pleine de monde à ras bord, le grondement de la rumeur et du bruit ».

Le livre que l’historien Emmanuel de Waresquiel consacre au procès de Marie-Antoinette offre un portrait magnifique de la « reine nue » et se lit comme un roman.

Il dépeint l’affrontement entre deux mondes qui se haïssent et ne peuvent s’entendre : l’un à l’agonie, l’autre en train de naître dans la violence. Une tête couronnée face à des gens du peuple. Une femme – étrangère qui plus est – face à des hommes. Un « procès des imaginaires ».

fargeLa Révolte de Madame Montjean de Arlette Farge (Albin Michel, 2016)

Madame Montjean serait-elle une Madame Bovary avant l’heure ? Depuis qu’elle a passé un mois à la campagne chez son père et rencontré là-bas des messieurs de la grande bourgeoisie, elle refuse de travailler comme elle le faisait jusque-là avec son mari, dans leur atelier de tailleur à Paris, clamant sans cesse que « c’est à l’homme de nourrir une femme ». Travailler, dit-elle, « prend sa vie ». Elle veut se promener au Palais Royal dans de jolies robes, aller « à la Comédie » et se laisser mener en batelet à Saint-Cloud ! Madame Montjean rêve de devenir l’une de ces dames nobles que la société de son temps ne lui permettra jamais de rejoindre.

Son époux, effaré et désemparé, couche toutes ses inquiétudes et ses chagrins dans un journal de 64 pages, écrit entre le 30 mars 1774 eu mois de janvier 1775. Une merveille dégottée par Arlette Farge aux Archives nationales, dans la série Y des affaires judiciaires. Et qui pourrait donner matière à roman.

 

129120_couverture_hres_0Laëtitia de Yvan Jablonka (Seuil, 2016)

« Prix littéraire… » a grimacé ma libraire en me tendant le livre d’Yvan Jablonka. « Pour moi ce texte n’a rien de littéraire : il écrit sur un fait divers ».

Pas osé lui dire que d’autres avant lui avaient pourtant produit de petits bijoux de la littérature tout en collant à ce type d’événements, que l’on pense à De Sang froid (Truman Capote), à L’Adversaire (Emmanuel Carrère)…

En lisant Laëtitia, j’ai cependant rejoint le scepticisme de cette dame. Ce livre n’est pas un objet qui me semble proprement « littéraire », si on entend par là un univers porté par une voix au timbre singulier, une composition de mots qui produirait une musique et des images dont la force serait inédite, des phrases qu’on relirait rien que pour sentir encore ce qu’elles produisent en nous.

C’est une enquête rigoureuse, à la fois historique et sociologique, sur le crime crapuleux de Laëtitia Perrais, assassinée dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011, près de Pornic.

J.R.

Juliette Rigondet conduit pour Aleph-Écriture à Paris la formation générale à l’écriture littéraire.

 

couverture-traverser-la-seine-slSylvette Labat

Traverser la Seine de Didier Goupil (Le Serpent à plumes, Août 2016)

Madame est morte… sont les premiers mots de ce roman écrit dans un style épuré, précis, élégant. L’auteur, Didier Goupil, aménage avec soin les espaces, les blancs de chaque page, laissant les silences compléter les mots. De ce récit court, sans pathos, se dégage une douceur amère, celle d’une déambulation, entre chien et loup, un pied dans le réel, l’autre dans les souvenirs et les profondeurs de soi.

« Traverser la Seine » retrace l’histoire de Madame… née avec le 20e siècle dont elle porte la grandeur et les stigmates. Madame vit au Ritz depuis très longtemps, dans la plus petite chambre, mais déteste les mondanités… Madame aime Paris, l’art, la littérature. Madame aime marcher. Madame a survécu aux camps. Madame a eu si froid qu’elle ne supporte plus son bain que chaud, très chaud, le plus chaud possible – dût-il fumer comme les Enfers de Dürer. Pour sa dernière nuit sur terre, c’est dans sa baignoire que Madame décide de dormir.

Extrait : « Ce n’est qu’au moment où elle quitta la galerie, retrouvant à regret la rue et la foule, que Madame se rappela la phrase de Marguerite Yourcenar qui l’avait habitée tout le temps où elle s’était retrouvée face aux pinturas negras de ce Cosme Estève qui l’avaient comme foudroyée :’ L’important – maintenant – était de recueillir le peu qu’il filtrerait du monde avant qu’il fît nuit’. »

Note : Madame, était l’héroïne d’un précédent de Didier Goupil, Femme du monde, paru en 2001 chez Balland.

S.L.

Sylvette Labat conduit pour Aleph-Écriture à Toulouse la formation générale à l’écriture littéraire, ainsi qu’un stage Nouvelle-Initiation durant l’été.

 

elisee-giraud
Thomas Giraud

Ghislaine Burban-Giraud

Élisée, avant les ruisseaux et les montagnes de Thomas Giraud (Éditions La Contre-Allée, 2016)

Un assemblage d’empêchements, de contraintes qui contrastent avec la fluidité du récit plein de poésie. Nous nous délectons tout autant de l’exploration du rapport à la langue que du rapport à l’espace. La matérialité du texte prend sa source dans les hypothèses formulées par l’auteur à partir d’un travail de documentation. Mais le récit repose sur l’imagination. L’écriture du rapport à la nature est ce qui m’a le plus marquée et séduite. Une observation minutieuse : des cailloux ramassés sur le tracé d’un chemin et c’est ainsi qu’Élisée, écrit par Thomas Giraud, nous fait remonter avant les ruisseaux et les montagnes.

G. B-G.

Ghislaine Burban-Giraud conduit pour Aleph-Écriture des formations pour améliorer son orthographe et sa syntaxe et un stage de Techniques rédactionnelles en inter et intra : Cnil, Musée du Louvre, Enadep (École de Droit et de Procédure), Bailleurs sociaux…

 

petit-pays-fayeIsabelle Agert

Petit pays de Gaël Faye (Editions Grasset – 2016)

Un voyage au Burundi à hauteur d’enfant : Gabriel nous fait partager avec simplicité et humour les couleurs, les odeurs, les sonorités de la langue et les personnages singuliers d’un bout d’Afrique. Ce regard pertinent nous plonge aussi dans l’horreur de la montée radicale du racisme entre Hutus et Tutsis, jusqu’au génocide. Du paradis à l’enfer, de la tendresse à l’expérience prématurée de la haine, l’écriture rythmée de Gaël Faye m’a happée par la densité des émotions et des réflexions qu’elle suscite. Un livre subtil et fort.

Isabelle Agert conduit pour Aleph-Écriture à Toulouse la formation générale à l’écriture littéraire ainsi que des stages thématiques d’écriture.

 

petit-pays-fayeEstelle Lépine

Petit Pays de Gaël Faye (Editions Grasset, 2016)

C’est un livre dont on a beaucoup parlé en cette rentrée littéraire. Et c’est tant mieux. Car si Petit pays trouve une place aujourd’hui dans les librairies, les journaux et chez les lecteurs, c’est sur la disparition de mondes que cette place se forme. Disparition de l’enfance de Gabriel, le héros de ce livre, vécue pleinement au fond d’une impasse dans la bonne société de Bujumbura, entre jardins de bougainvilliers, fêtes improvisées dans les dernières minutes avant un orage, premières cigarettes et plongées dans les lacs. Disparition d’un temps d’avant la guerre protégé de l’absurdité de la violence et de la haine, quand il n’est plus possible de se tenir à distance, de rester neutre comme le souhaiterait Gabriel, quand il faut forcément choisir son camp, désigner des ennemis et s’attaquer à eux. 
Disparition enfin d’un pays, le Burundi, que Gabriel devra quitter pour rester sauf, comme le fit Gaël Faye. Emportant avec lui les souvenirs de parfums, de ciels et de rires, et l’art de les écrire. De nous les offrir, pleins de lumière et d’effroi.

Estelle Lépine conduit pour Aleph-Écriture des formations de formateurs à l’écriture littéraire .

 

14-juilletSolange de Fréminville

14 juillet de Eric Vuillard (Actes Sud, 2016)

Le 14 Juillet d’Eric Vuillard est écrit comme une épopée haletante, d’un rythme formidable. Celle de la foule sans nom, celle des pauvres diables, ceux que l’Histoire a jusqu’alors laissé croupir dans le caniveau.

On les voit, on les entend, ils nous touchent, on les aime, ce déluge d’hommes qui en houle, vers la Bastille, font basculer l’Histoire, sans savoir qu’ils le font. Ils revivent, avec un nom, un métier, une famille, des habits, leurs rêves, leurs colères, leurs peurs. Il faut écrire ce qu’on ignore. […] Et l’on doit raconter ce qui n’est pas écrit.

[…] Louis Tournay, le charron, le jeune homme de vingt ans, est passé de l’autre côté de la vie. Il n’est pourtant rien qu’un petit morceau de foule tombé là, tout seul, dans la cour du Gouvernement. La cour est large, horriblement. Tournay frissonne. Qu’est-ce que je fais là ? se dit-il. Il fait quelques pas sur les gravillons. Peut-être que malgré le bruit, il entend crisser la plante de ses pieds sur le sol des rois.

 

gaudeÉcoutez nos défaites de Laurent GAUDÉ (Actes Sud, 2016)

Tout ce qui se dépose en nous, année après année, sans que l’on s’en aperçoive […] jusqu’à remonter un jour et nous saisir d’effroi presque, parce qu’il est évident que le temps a passé et qu’on ne sait pas s’il sera possible de vivre avec tous ces mots, toutes ces scènes vécues, éprouvées, qui finissent par vous charger comme on le dirait d’un navire. C’est par ces réflexions d’Assem, agent secret français, que démarre le roman d’une grande humanité.

Sa virtuosité est d’arriver à tresser « sans coutures », la dernière mission d’Assem avec les guerres d’Hannibal, du général Grant, et de l’empereur Haïlé Sélassié.

Histoires de défaites, celles qui accompagnent toute guerre et toute victoire, mais aussi celles du temps, qui concernent toutes nos vies, qu’elles soient contemporaines ou anciennes.

 

13-fac%cc%a7ons-de-voirTreize façons de voir de Colum McCANN (Belfond, 2016)

Et ces superbes nouvelles, mais peut-on encore parler de nouvelle à propos du texte qui donne son titre à l’ouvrage, et pourrait se suffire à lui-même. Nous avons le pouvoir de l’empathie dit C.McC. Et c’est bien d’empathie qu’il s’agit dans tous ces textes où l’auteur touche le côté sombre des personnages pour mieux en faire surgir la lumière.

Ces récits sont aussi de belles métaphores sur les manières de voir…

Solange de Fréminville conduit des ateliers d’écriture à Paris pour Aleph-Écriture, notamment un atelier ouvert en librairie, le cycle Écrire avec les auteurs contemporains, et la formation de base à l’animation d’ateliers d’écriture.

 

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