« Bilan de compétences », Charles Coustille (Grasset), par Pierre Ahnne

Pierre Ahnne est écrivain et a créé un blog littéraire. Il réalise des lectures-diagnostic sur les manuscrits qui lui sont confiés et partage chaque mois un de ses articles sur L’Inventoire.

Charles Coustille est universitaire, auteur notamment d’une thèse de doctorat en sciences du littéraire intitulée Antithèses (1) et consacrée aux thèses écrites (ou commencées) par des écrivains des XIXe et XXe siècles.  Cela ne l’empêche pas d’avoir des hésitations sur la construction du verbe enjoindre, ni de confondre de temps en temps imparfait et passé simple. Mais quoi, personne n’est sans reproches, et son usage rigoureux de la virgule rattrape bien des choses.

Lol, télénovela et dimension existentielle

Son intempestivité tranquillement provocatrice aussi. Trois fils s’entrelacent dans son premier roman : l’Éducation nationale (à laquelle le livre est dédié), les réseaux sociaux (ainsi que quelques autres moyens de communication ou d’expression actuels) ; la littérature. Son narrateur est prof de français dans un collège de Coulommiers. Sur Tinder, il rencontre Emmanuelle, prof d’espagnol, laquelle a choisi pour pseudonyme Emma B. Quand il l’interroge sur un tel choix, elle répond : « Madame Bovary c’est moi lol ». Le ton est donné.

Cette histoire d’amour au goût du jour rassemble et unifie les trois thématiques évoquées plus haut. Le héros demande et obtient sa mutation au collège de La Ferté-en-Brie, où enseigne Emma(nuelle). Il prépare avec elle son inspection. En parallèle, tous deux s’inventent d’aimables passe-temps : trouver, dans l’histoire de la  littérature, qui aurait fait un bon candidat pour la vraie Emma Bovary si celle-ci avait concouru au jeu télévisé Mariés au premier regard ; adapter avec les 4e B L’Astrée, d’Honoré d’Urfé, en télénovela. Ces distractions partagées n’empêchant pas le marivaudage, la jalousie, les brouilles ni les réconciliations (« Après le film, nous baisâmes »).

Cependant, sur les conseils de son ami Elias, qui a réussi, notre héros candidate pour un poste de chercheur, qu’il finit par obtenir. Ce succès marque le point d’arrivée d’un roman d’éducation au parcours un peu incertain : « technophobe », adepte des « relations authentiques » et peu à l’aise dans la vie au départ (Madame Bovary c’était lui, évidemment), le narrateur, à la fin, « sait ce qu’il veut » et se sent prêt à « [se] consacrer à la dimension existentielle de la littérature (…), et pas seulement en cycle 4 ».

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