Un récit autobiographique, une nouvelle, un roman ou même un poème… Comment trouver la juste forme pour raconter une histoire ? Il n’y a pas un seul chemin mais une infinité.
Dans son livre N’en faites pas une histoire Raymond Carver explique comment il procède pour terminer ses nouvelles. Parfois il réécrit complètement le texte. « Pour moi, la révision n’a rien d’une corvée, c’est un plaisir. (…) Peut-être que c’est une façon de pénétrer peu à peu jusqu’au cœur de mon récit. Il faut que je m’acharne à essayer de mettre sa signification à jour. »
Dans le roman Betty où Tiffany McDaniel retrace la vie de sa mère, elle met en scène son grand-père amérindien qui invente des mythes pour expliquer le monde à ses enfants. Comme dans le film La vie est belle de Roberto Benigni, il s’agit, pour le personnage, de rendre acceptable une réalité très sombre. Dans ce roman, à la mort de son père, Betty, qui vient à peine de devenir adulte, comprend que « raconter une histoire a toujours été une façon de récrire la vérité. »
A partir d’un même évènement, il n’y a pas une histoire mais une infinité d’histoires possibles, tout comme il n’y a pas une seule manière de la mettre en mots. C’est en tâtonnant, en osant expérimenter dans plusieurs directions, en faisant différentes tentatives qu’on trouve la forme adéquate.
Les variations sur un même thème sont courantes dans d’autres formes d’art, on en trouve en musique ou en peinture… A la fin de sa vie, Van Gogh a peint plusieurs portraits différents d’Adeline Ravoux, qui n’avait pourtant posé qu’une fois. Il arrive aussi que les artistes ébauchent de nombreuses esquisses avant d’aboutir à l’œuvre finale. C’est toujours passionnant d’observer leur processus créatif dans une exposition. On découvre les croquis, les tableaux préparatoires…
Dans les œuvres littéraires publiées, en revanche, les traces des premiers jets sont effacées. Cela laisserait croire qu’elles n’ont pas fait l’objet d’un travail acharné par leurs auteurs ! Et pourtant même les plus grands, comme Balzac, ont retravaillé.
Découvrir quelle histoire on souhaite raconter, c’est bien cela qui importe quand veut écrire. C’est cette même question qui s’est posée au père de Betty, présente tout au long du roman. Quelle vie souhaitait-il faire vivre à ses enfants ? Comment allait-il mettre en scène leur réalité pour tenter de les sauver ? Réponse dans Betty, de Tiffany McDaniel pour découvrir comment la romancière a réussi à nous raconter une histoire si singulière.
Camille Berta
Betty de Tiffany McDaniel, ed. Gallmeister
Portrait d’éditeur : Benjamin Guérif, responsable de collection, Gallmeister