Vos textes à partir de Le Querrec

261Voici un second texte sélectionné en réponse à la consigne d’écriture de Françoise Khoury ( ici) à partir du livre dePerrine Le Querrec « Le prénom a été modifié » (Les doigts dans la prose, 2014)

Par Jeanine Bonnefoy

Je me relève

Ils ont hurlé, ils ont tiré, quéquette, fusil, pour eux c’est tout pareil, ils ont hurlé, on a crié, ils ont hurlé, ils ont tiré leur coup, on a pleuré. Ils ont joué, tiré-touché-coulé en pleins cœurs, comme des enfants au chamboule tout, comme de vilains enfants qui cassent leurs jouets de Noël. Qu’est-ce qui reste ? Cris, larmes.

Il y a des mots que je ne peux plus prononcer. Mais de battre le cœur continue, le cœur persiste. Etre en vie, résister.

Toujours la Saint Barthélémy, toujours l’horreur de la nuit rouge, et la solidarité toujours à rabibocher, à retricoter, à bricoler, à broder, à rajuster, à repriser, à recommencer.

Ignorance pesant sur nous, mépris pesant sur nous, pauvreté de nos moyens, pauvreté de notre impuissance. Justice, où es-tu ?

Mais moi, dans ma volonté verte, je suis là, je me relève, je reste debout, je reste prête à vivre encore, à parler, à dire.

Un bandeau noir au bras ballotte mes espérances, je tremble sur les échasses de mes rêves. Arrêtez l’absurde !

Ghandi et la nuit du 4 août où la noblesse abolit elle-même ses privilèges sont mes béquilles dérapantes. Olympe, nous construirons une maison de soleil que le cancer ne pourra ronger. Jusqu’où irez-vous ? Arrêtez la misère ! Arrêtez la désespérance ! Arrêtez d’être tout-puissants !

Mais je suis là, le cœur chaviré, je me relève, je me relève, je reste debout. Je resterai debout.

Jeannine Bonnefoy

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