“Après” : une vision de Christian Boltanski à la galerie Marian Goodman

Après une rétrospective au Centre Georges Pompidou, on peut actuellement voir les derniers travaux de Christian Boltanski à la galerie Marian Goodman à Paris. Toujours mises en récit, les pièces qu’il a choisi d’exposer résonnent comme un codicille à l’exposition du Centre Georges Pompidou.

La rétrospective Faire son Temps était ponctuée d’une installation lumineuse de part et d’autre du parcours, en indiquant le top « Départ » et Le point d’ « Arrivée » par une inscription littérale au-dessus de l’entrée et de la sortie. La scénographie d’un parcours universel, en écho à l’univers intérieur de Boltanski et à son obsession de la reconstitution des vies qui l’ont précédées et qui habitent encore la sienne.

Ce fléchage est ici présent à nouveau, sous la forme d’un seul mot : « Après », qui fait vibrer ses néons devant la dernière salle de l’exposition. Il s’agit ainsi d’un « Après la rétrospective », qui incarnait tout son travail sur la mémoire, les installations d’empilement de vieux vêtements, les voix et les visages des disparus, les gisants, la fin, et également d’une vision de l’après mars 2020, par ce travail commencé pendant le premier confinement.

Un parcours en écho à l’univers intérieur de Boltanski et à son obsession de la reconstitution des vies qui l’ont précédées et qui habitent encore la sienne

Au rez-de-chaussée : scènes de lits recouverts de draps plâtrés qui résonnent avec les lits d’hôpitaux ; au sous-sol : projection d’images de sous-bois idylliques, de daims, de couchers de soleils féériques menacés par le réel de la mémoire qu’on ne parvient pas à faire taire, et où transparaissent par éclair, telles des images subliminales, les visages de familles décimées par la déportation, que la beauté du monde ne peut parvenir à enfouir. Ainsi le passé, la mémoire des scènes traumatiques percent la beauté chatoyante d’une nature rayonnante, de la paix retrouvée, quand le regardeur, l’être humain, n’arrive pas à refouler les visions de drame, les  souvenirs empoisonnés.

Boltanski livre sa vision intranquille de l’impossibilité de la paix avec sa propre mémoire, et avec la mémoire collective des drames du 20ème siècle où il mêle ses propres disparus.

La vie à la frontière de la mort, la vie en lutte pour ne pas être engloutie par le souvenir de l’horreur, puis la mise en image d’un « après », qui ne trouve de repos que dans une installation ultra-violet, une structure de dernière demeure où la lumière seule exprime une couleur, pas une image ou une pensée, puisqu’elle est par essence irreprésentable, juste un état de lumière. Bleu.

On ne sort pas d’une exposition de Christian Boltanski plus gai, ou plus intelligent, mais on ne peut qu’admirer la constance de sa mise en récit d’une mémoire impossible à contenir (où passé et présent sont toujours contemporains), dont il a choisi de porter le fardeau. Ce faisant, dans sa tentative de porter cette mémoire à notre place, il nous délivre de ces images que nous cherchons à oublier, tout en nous intimant de ne pas le faire.

Alors, nous ne sommes pas plus gais en sortant d’une exposition de Boltanski, c’est vrai, mais nous sommes un peu moins seuls face au fardeau de la mémoire. Parce que parfois, la mémoire, on peut en faire quelque chose pour qu’elle ne nous dévore pas. Des images, des mots, une œuvre.

Danièle Pétrès

Galerie Marian Goodman
79 rue du Temple
75003 Paris
T 33-1-48-04-7052

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