« Nom » de Constance Debré

Tout le monde devrait écrire comme Constance Debré. Tous les livres devraient avoir la force d’un livre de Constance Debré. Pourtant, qui voudrait vivre une vie comme la sienne pour pouvoir écrire ses livres ? Personne. À moins que nous n’ayons tous, à un endroit ou un autre de nous-mêmes, la même exigence de clarté, sans avoir les mêmes moyens de l’atteindre.

À force de dépossession; d’une adresse, d’un vestiaire, d’un métier, d’un mari, d’amantes, de son enfance, de son passé, de son argent, il ne reste presque plus rien que le souffle, l’écriture, l’aventure. Partir pour annuler. Partir ou crever. Non, on n’aimerait pas être dans la peau de Constance Debré. Avant de s’apercevoir que ce qu’elle abjure c’est le nom du père, ce nom qui représente le royaume dont elle vient et qu’elle exècre, la grande bourgeoisie, les ministres, la politique, les trop bonnes manières et le souvenir de son père et de sa mère comme rescapés d’un milieu, d’une influence, d’un pouvoir. Il faut terminer le boulot de l’émancipation de tout en quelque sorte.

Après Play-Boy et Love me tender, Nom est une tentative d’échapper à sa filiation, à son nom, de se réinventer totalement. Mais court dans ce livre aussi cette question autour de l’évocation de sa mère, la seule à être sauvée de la médiocrité par sa beauté, comment vivre sans, comment se pardonner la mort de sa mère ? Au bout de ce renoncement à ne pas comprendre et à ne pas savoir, peut-être, il y a autre chose. Ce que cherche Constance Debré c’est cette chose-là, par l’écriture.

Extrait :

« Moi maintenant j’ai choisi, j’ai choisi depuis des années et tout est devenu très simple, même quand ça ne va pas, le bonheur on s’en fout, le bonheur ça n’existe pas, l’objectif est supérieur il est moral et il est pratique, ce qui compte c’est d’avoir choisi, ce qui compte c’est la décision, ensuite tout est simple, c’est mon organisation maintenant, mais vous, qu’est-ce que vous voulez, qu’est-ce que vous choisissez, quelle vie, quel camp, car, on ne peut pas ne pas choisir, on ne peut pas s’en remettre aux éléments, à la fatalité, aux habitudes, aux autres, aux forces extérieures,. C’est mon obsession la vie lamentable, j’y réfléchis depuis que je suis née, j’amasse du savoir contre, ce que je raconte ce ne sont pas mes émotions – les émotions et les sentiments sont des choses répugnantes -, ce sont mes idées, mes idées contre la vie lamentable, si je vis comme je vis, si j’écris ce que j’écris, ce n’est pas pour moi, ce n’est pas par goût personnel, le goût personnel est une chose minuscule, le bon goût, le mauvais goût, c’est le degré zéro de la pensée, le goût, l’approche des choses par la question du goût, c’est l’abandon de la morale  (…).  » p. 59

DP

Nom, Constance Debré, collection J’ai Lu, 2023 (7 euros). Ça ne vaut pas le coup de s’en priver.

Offenses, Constance Debré, Flammarion. Février 2023.

Photo : crédits photographiques Marie Rouge © Flammarion.