Écrire à partir de « Sans Silke » de Michel Layaz

Cette semaine nous reprenons notre Atelier Ouvert à tous ! Nous vous proposerons toutes les 3 semaines des propositions d’écriture pensées par les formateurs et auteurs d’Aleph-écriture, à partir de livres parus récemment, ou de livres cultes !
Sylvette Labat vous propose ainsi d’écrire jusqu’au 29 septembre, à partir du roman de Michel Layaz, Sans Silke (Zoé, 2019). Envoyez-nous vos textes (1500 signes maxi) à l’adresse : atelierouvert@inventoire.com (Petite précision: merci de nous envoyer vos textes sous format word ou .odt. en indiquant en haut de page votre nom d’auteur). Nous répondons à tous les envois, alors à très bientôt !

 

Extraits

« La mère posait d’autres questions : l’université, mes études, mes intérêts, mon avenir, mes passions, ma famille, elle voulait savoir. Sa voix ordonnait le sérieux. Bien que brèves mes réponses l’impatientaient. D’apprendre que j’étais fille unique a provoqué sur sa bouche un tressaillement.

– Ludivine le restera.

Voix couperet, sanglante. J’ai appris que la fillette, à l’école, n’avait auune facilité. Il avait fallu s’y résoudre. Une enfant émotive, quelque peu distraite et endormie. La mère avait baissé le menton en disant endormie, mi-soupir, mi-dédain. Elle a enchaîné en parlant de mon engagement. L’année scolaire venait de débuter. Je devais vérifier les devoirs, apporter de l’aide, corriger, ne pas décourager, je devais expliquer, répéter. La mère n’espérait aucun miracle.

– Vous ferez comme vous pourrez. »

(…)

«Dans la chambre de Ludivine, nous avons libéré un mur pour y épingler nos dessins. Il fallait que les animaux aient assez de place et nulle envie d’aller ailleurs. Nous avons pris notre temps et cherché les  plus belles associations : d’espèces, de couleurs, de caractères et de formes. Il n’y avait pas qu’une manière de faire. Tout bougeait. Tout changeait. Impossible de trancher. En désordre, le mur était encore plus beau. Il respirait, vivant et coloré. Quelques rayons de soleil sont arrivés à point. Dehors, la pluie avait tout détrempé, laissant la nature comme ébahie.

De retour de leur escapade culturelle, le père et la mère sont entrés dans la chambre. En découvrant le mur, la mère s’est émerveillée. Elle lançait des sourires en rafale. Elle a félicité Ludivine, jonglait avec les hyperboles, un baiser sur la nuque, un autre sur la joue. D’un doigt elle caressait les bouclettes de sa fille, jouait avec, ne se lassait pas de regarder les dessins. Pour la première fois, je l’ai vue vraiment fière de sa fille. Le père, les traits du visage lisses, regardait de loin, en silence. Soudain, il s’est dressé. De l’index, il a pointé la girafe et s’est assuré qu’on n’avait plus qu’elle dans l’œil. Il s’est moqué des pattes trop courtes et s’est gaussé du cou qui s’allongeait sans fin.

– On dirait une cheminée d’usine !… Un télescope !…La voix du père avait beau être malsaine, elle a réussi à entraîner la mère dans son flux. Père et mère gloussaient, se retrouvaient et riaient de cette malheureuse girafe… »

Proposition (10-15 minutes)

Ce qui m’intéresse aujourd’hui c’est de considérer la place de l’enfant dans sa famille et le décalage qui peut exister entre sa nature, ses goûts, ses envies, ses capacités et les failles de compréhension, de reconnaissance ou d’attention accordée par ses proches.

Je vous propose dans un premier temps de lister une série de situations, d’événements soit du quotidien soit lors de moments exceptionnels, que vous avez vécus ou dont vous avez été témoins, dans la vie d’un enfant.

Il ne s’agit pas obligatoirement de choses dramatiques. Parfois un petit loupé reste gravé dans la mémoire…

Vous choisirez ensuite l’un de ces événements. Vous le mettrez en scène en nous faisant voir simplement le lieu, les comportements des personnages présents : l’enfant et une ou plusieurs personnes de sa famille.

Cette scène sera en quelque sorte triangulaire car c’est une tierce personne qui sera narrateur ou narratrice, comme Silke nous raconte la vie de Ludivine et de ses parents.

Ne commentez pas votre récit, n’ajoutez pas de sentiments, de pathos, d’interprétations. Donnez-nous à voir et à ressentir l’intensité du moment.

Lecture

L’auteur et son œuvre

Michel Layaz est né à Fribourg en 1963. Il vit à Lausanne et à Paris.

En 1989, il obtient une licence ès lettres à l’Université de Lausanne et enseigne à temps partiel tout en dirigeant «Aparté», une galerie d’art lausannoise consacrée aux artistes contemporains (jusqu’en 2000). En 1992, il effectue un voyage de six mois autour du bassin méditerranéen, d’où il rentre avec un premier roman, Quartier terre, publié aux Éditions de l’Âge d’Homme en 1993.

Avec treize autres écrivains, il est invité à représenter la Suisse dans le cadre des « Belles étrangères », manifestation organisée en novembre 2001 par le Ministère français de la culture. Cette manifestation présente l’état de la littérature en Suisse par le biais de rencontres, de  conférences et de lectures publiques à travers toute la France. Il participe à cette occasion à un film produit et diffusé par Arte.

Michel Layaz continue d’écrire, enseigne à l’Institut Littéraire suisse et à l’Ecole professionnelle et commerciale de Lausanne (EPCL)

Il a reçu plusieurs prix pour ses romans et est considéré comme l’un des plus importants écrivains romands contemporains.

Sans Silke, paru en janvier 2019, a reçu le prix Eugène Rambert.

Le roman

La 4ème de couverture est la suivante :

« Silke se souvient du temps passé à La Favorite alors qu’elle avait dix-neuf ans et s’occupait chaque fin d’après-midi de la petite Ludivine. Embrasser les arbres, apprendre à voler comme les oiseaux, dormir à la belle étoile, neuf mois durant, toutes deux auront vécu côte à côte dans un monde onirique, en marge des parents de la fillette absorbés par leur relation exclusive.

Avec ce nouveau roman, Michel Layaz poursuit son exploration des failles familiales. Il attrape avec précision les gestes d’une enfant qui s’arcboute de joie après un coup réussi au billard, qui se caresse les épaules de satisfaction lors d’un moment d’intense concentration et dont les mots peuvent rappeler ceux des meilleurs poètes : ‘ J’ai envie de larmes ‘. »

La Favorite, maison de maître bâtie non loin de Lausanne, isolée dans les champs, près de la forêt, est le décor d’un huis clos étouffant joué par les parents de Ludivine. Elle est avocate, a « un timbre doux et autoritaire  », mais une « voix couperet, saignante ». Tout lui réussit, belle, intelligente, elle sait même réaliser des « millefeuilles à la framboise, flamboyants et hollywoodiens », se montrer « radieuse, frivole et clémente »…

Lui est un artiste qui ressemble à la fois à un grand malade et à un enfant. Il vit pour l’essentiel retranché dans son antre. « L’atelier, c’est sa cathédrale. L’atelier et moi sommes ses deux grandes amours », explique sa femme. Le père ne semble s’animer et « prendre des couleurs » que lorsqu’on lui parle de ses toiles. Il ne supporte pas le bruit, même celui des boules du billard.

L’élément perturbateur qui empêche leur tête-à-tête orgueilleux et exclusif, c’est leur propre fille. Ludivine aimerait jouer au billard, crier, dessiner des girafes et monter aux arbres… Elle a des airs de petit singe et ne correspond pas à leur idéal de fille modèle. Ils ne reconnaissent pas en elle leur reflet brillant et se montrent de plus en plus cruels.

L’amitié entre Silke et Ludivine sera source de bouleversement dans le triangle de cette famille.

Michel Layaz attrape avec une précision remarquable les gestes d’une petite fille, son imagination débordante et son étonnante créativité. Le texte est pétri de tendresse, de froideur, de poésie, de sensibilité et d’humour aussi pour montrer l’absence d’amour, la violence larvée, une folle joie de vivre et les jours heureux de l’amitié.

Michel Layaz retient l’inquiétude, la laisse à peine filtrer. Il la garde pour la fin.

S.L.

Sylvette Labat a publié un recueil de nouvelles, Les Pétales froissés des coquelicots.

Elle propose des ateliers d’écriture en région toulousaine. Pour Aleph-Écriture, elle conduit des modules de la Formation générale à l’écriture littéraire, des stages, des ateliers des ateliers ouverts à la médiathèque Les Granges à Saint Jean (31).

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