Vos textes à partir de « Sans Silke » de Michel Layaz (2/2)

Sylvette Labat vous a proposé d’écrire jusqu’au 29 septembre, à partir du roman de Michel Layaz, Sans Silke (Zoé, 2019). Voici les 10 textes sélectionnés ! Nous vous remercions de votre belle participation.

Le délai de publication est dû à la mise au vote des nouvelles pré-sélectionnées du concours Aleph-Inventoire 2020. L’actuel appel à textes (Ordesa), est ainsi prolongé d’une semaine.

Virginie Legrand

Elle a cru entendre des sanglots. Elle se précipite. Les larmes inondant son visage, c’est comme cela qu’elle le retrouve, agenouillé sur le parquet, au milieu de pièces de puzzle éparpillées, tout petit dans cette chambre immense. L’ancienne chambre d’amis de son appartement, improvisée dans l’urgence en chambre d’enfant. La mère vient de mourir, sans prévenir. Elle récupère père et fils, tente de confectionner un refuge. Elle n’a pas l’habitude. Le premier jour, elle n’a pas de goûter pour l’école. Elle vit seule depuis tant de temps, dîne au restaurant le soir, au self avec ses collègues le midi. Elle retrouve deux « Traoumad » un peu mous dans une boîte en fer rouillée. Il boude.

“T’as pas des Dinausorus?”

– Ils sont tous partis en troupeau, hier, pour d’autres placards ! Ils n’ont même pas laissé de mot !

– Maman non plus.”

Elle a raté son entrée en scène. Ce soir, elle va se rattraper.

“Léa, elle m’a dit que tu n’étais pas ma mère, que tu étais ma belle-mère.”

Elle pense : “Léa est une peste”, répond: “Léa a raison. Tu sais que je ne suis pas ta maman, “belle-mère” c’est le mot juste, même s’il n’a rien de beau. »

Elle soupire. Il renifle.

“Tu m’appelleras comme tu le souhaiteras ! En attendant, on va s’empigoinfrer de gaufres au chocolat jusqu’à ce qu’on trouve un joli mot pour me nommer, d’accord?”

Les lèvres dégoulinent, les deux billes noires roulent dans les orbites, un sourire marron de cacao se dessine:

“Je t’appellerai Maman, même si c’est pas vrai.”

 

Mireille Bousset

« C’est l’école qui nous a demandé de pratiquer ce bilan psychopédagogique pour pouvoir comprendre d’où viennent les problèmes scolaires de notre fils. Mais mon mari et moi, nous ne nous faisons plus d’illusions.  Mon époux brigue le grade de colonel. Pour y parvenir, il a accepté de nombreuses mutations et les écoles ont défilé. Cet enfant a rencontré des difficultés dans chacune d’elles, contrairement à ses frères et sœurs. Il est le quatrième et on ne peut s’empêcher de le comparer à la petite dernière, Éléonore. Une bénédiction de Dieu ! Belle, intelligente et gentille ! Alors nous avons compris que lui, c’était le vilain petit canard, que l’on rencontre dans chaque famille. »

Fabienne, la psychologue à qui s’adressait ce long discours, regarda le « vilain petit canard » assis à côté de sa mère. Il s’était recroquevillé un peu plus sur sa chaise, les yeux rivés au sol. Elle était estomaquée par cette longue déclaration mais, très professionnelle, ne le montra pas. Elle répliqua : « Rassurez-vous madame, les résultats de son QI sont positifs et à vrai dire, très supérieurs à la moyenne. Il faudra nous revoir pour un bilan psychoaffectif. »

À ces mots, Arnaud se redressa, le rose aux joues et remercia Fabienne d’un regard ému et reconnaissant.

Sa mère demanda à voir les résultats du test. Elle prit le temps de vérifier tout le bilan. Devant les items les plus complexes, son visage se liquéfia. Il était évident qu’elle était incapable de comprendre les réponses de son fils.

Pierrick Lemaire

Une semaine qu’elle était arrivée la nouvelle perle de la maison. Juliette, 3k400 sœur d’Alix, la « grande » de 2 ans et demi.

Après une nuit agitée, elle venait de s’endormir. Ses parents, fatigués mais heureux, prenaient un café dans le salon. La conversation était centrée sur la nouvelle merveille : ses premiers clins d’œil (si, si).

Alix était là, curieuse de tout.

Est-ce que ce n’est pas le bébé qui pleure ? s’est inquiété la mère. Mais non, le babyphone n’avait pas réagi ;

— Tu as mis les piles a demandé sa mère ?

— No stress lui a dit son père,

— Il faudrait vérifier tout de même.

— Je vais voir, maman, a dit Alix très sérieusement

Soudain, on a entendu un craquement : cette fois, plus de doute, ça venait du haut de l’escalier.

Alix, souriante et visiblement fière, portait sa sœur dans ses bras et s’apprêtait à descendre les marches !

Noooooon ! Les parents se sont rués hors de la cuisine, se cognant, se bousculant : vite ! Le père a franchi en premier les 15 marches et arraché Juliette des bras de sa sœur.

Alix était désespérée et incrédule ; elle a gémi : pourquoi la privait-t-on de son jouet ? pourtant si jolie avec les chaussons et les grandes lunettes pailletées de sa poupée. Elle a commencé à pleurer.

Juliette, totalement inconsciente de l’émoi qu’elle avait suscité, cherchait le sein de sa mère (une aubaine, 2 fois en moins d’une heure !)

Alix, les yeux rivés sur sa sœur a murmuré en suçant son pouce : « la prochaine fois je l’emmènerai dans ma chambre ».

 

Liliane Vannier

L’enfant était tirée à quatre épingles pour l’occasion familiale. Elle s’apprêtait à exécuter une sonate de Mozart devant le petit groupe réuni autour du piano.

elle s’installa sur le tabouret, regarda la partition qu’elle connaissait par cœur et se mit à jouer. Le silence se fit .

« Pas  un canard », se dit-elle en terminant le morceau, soulagée.

Tout le monde  applaudit bien fort.

La mère accueillait les félicitations avec une joie mesurée tandis que le père remplissait les coupes de champagne.

Lisa s’approcha des adultes avec une grâce angélique. Mais déjà les conversations ordinaires reprenaient bon train et personne ne la vit.

En maîtresse de maison,  la mère paradait d’un convive à l’autre, un sourire de circonstance accroché aux lèvres.

Lisa soupira et souhaita que demain soit déjà arrivé. Elle retrouverait ses amis d’école et pourrait rire, parler. A la maison, le droit à la parole n’était pas systématique, elle devait attendre une autorisation qui parfois ne venait pas.

Des tantes complimentèrent la mère sur l’éducation de sa fille.

– Hélas, répondit-elle, je n’ai pas eu la chance d’avoir un garçon !

Ce à quoi compatirent ses interlocutrices. Des regards navrés se posèrent sur Lisa. Rien ne lui avait échappé.

C’était la première fois que sa mère se plaignait en public.

Instinctivement, Lisa baissa la tête et se demanda si en interprétant le volume entier des « Classiques favoris » à la perfection elle parviendrait à rivaliser avec ce genre de fantasme.

Ne sachant ni pourquoi ni comment elle décevait de la sorte sa famille, elle resta seule sans réponses.

 

Véronique Cauquil

De vivre

Tu veux que je t’aide?

Elle a demandé la permission comme une enfant.

Devant sa fille, sept ans dans quelques jours elle reste timide, être mère est intimidant.

On lui a dit c’est naturel l’instinct maternel alors pourquoi prendre sa fille dans les bras elle n’y arrive pas.

C’est quand elle fait une bêtise que sa mère se déchaîne « tu veux que j’t’aide? » la fille répond vite non elle ne veut pas que sa mère l’aide.

Combien de fois les mots durs de la mère butent à son front. L’enfant fronce les yeux d’avoir mal compris, elle s’en veut.

« Tiens voilà du boudin, voilà du boudin » siffle le père, l’oeil moqueur.

Plus tard les hommes, oiseaux enchanteurs elle a peur.

Je sais pas quoi prendre « tu veux que je t’aide? » dans ses jouets qui choisir.

Elle a honte de partager son intimité, son ours n’a qu’un oeil, sa petite poupée une tête étrange les cheveux dressés. Un couple in sortable, à l’hôpital il faut être présentable. Le nez dans la peluche elle respire la maison. Toutes les maisons ont une odeur même l’hôpital, une vapeur d’éther qui lui glace le ventre.

Qu’est ce que tu fais dit la mère.

Je coiffe ma poupée, les pensées hérissées les lisser.

Tiens toi tranquille dit le père.

Elle presse l’oreille de son ours, ses pensées des automobiles.

La valise est prête, un pyjama neuf, pas de jouets à sept ans dans quelques jours on est grande.

Son père l’emmène. Sa mère ne viendra pas ça lui donne envie de vomir l’hôpital.

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