Vos textes à partir de « Sans Silke » de Michel Layaz (1/2)

Sylvette Labat vous a proposé d’écrire jusqu’au 29 septembre, à partir du roman de Michel Layaz, Sans Silke (Zoé, 2019). Voici les 10 textes sélectionnés ! Nous vous remercions de votre belle participation.

Le délai de publication est dû à la mise au vote des nouvelles pré-sélectionnées du concours Aleph-Inventoire 2020. L’actuel appel à textes (Ordesa), est ainsi prolongé d’une semaine.

Maly Lagarde-Larrieu

La blessure

Elle, c’était les Carambars ; moi, les Malabars. Dès la sortie de l’école, cartables en vrac sur les épaules, on se précipitait dans la boutique de la vieille herboriste.

Elle, c’était Margaret. Dépiautant vivement le caramel, la bouche pleine, elle lisait la devinette du papier poisseux de l’emballage et, dans un rire, s’impatientait : « Alors ? Tu trouves ? ». Moi, je disparaissais déjà sous la bulle rose de mon chewing-gum…

Sa mère, anglaise, l’avait affublée de ce prénom que je trouvais si exotique. En classe, c’était elle la plus forte. En sport, par contre, ce n’était plus la même. Les ballons la frôlaient sans qu’elle parvienne à les attraper, elle s’embronchait dans la barre du saut en hauteur et restait suspendue à la corde à nœud, à un mètre du sol, pétrifiée.

Ce jour là, il fallait courir. Nous étions chronométrées. Ses cheveux attachés avec une grosse barrette elle se concentrait avant le départ. Avec détermination. Je me disais : elle n’aime pas perdre !

Dans cette course elle avait tout donné ce jour là. Mais pour nous qui la regardions il faut bien reconnaître que ce n’était pas fameux. Quand elle a atteint la ligne d’arrivée je crois qu’elle pensait être classée pour les futurs jeux olympiques. La voix sèche de la prof’ a mis rapidement un terme à ses illusions :

« Margaret, vous auriez dû nous rapporter un bouquet de pâquerettes de votre promenade. Vous auriez eu le temps de les cueillir ! ».

Alors que ses joues viraient à l’écarlate, nous avons ri.

Orane Chalvet-Parent

Les grimaces de l’injustice

Je croyais à ma bonne influence sur son quotidien morose. Quelle suffisance ! En réalité, ce que je tentais semblait faire empirer les choses…  Ma nièce se faisait gronder pour un rien. Je la trouvais souvent triste et essayais de la défendre ou de l’égayer.

Ce soir-là, nous partîmes pour aller manger une glace en ville. Sylvette chantait, bras en l’air, en tortillant des fesses sur le siège : ta coccinelle, elle est si belle, trop belle ! Elle adorait ma Coccinelle. Dans la rue, guillerette, déchaînée, elle faillit renverser une dame. L’impertinente lui rit au nez ! Devant nos glaces vanille-chocolat elle rigolait encore. Puis, concours de poésie inventée ! dit-elle moqueuse. J’étais battue d’avance, elle le savait la diablesse !

Rentrées après sept heures du soir, nous bravions les principes de mon frère. Tenant la gosse par un bras, il hurla. Qu’est-ce que t’as encore raconté à tata Elsa pour rentrer si tard, hein ? Il s’est contenté de la secouer… Pourquoi cette colère contre sa fille si douée.

Adrien, gentil pourtant, devenait odieux avec un coup dans l’aile. Ma belle-sœur, lèvres pincées, indéchiffrable, comme toujours se taisait. Je laissai l’injustice faire ses sales grimaces. Impuissante.

Pauvre Sylvette, elle ne savait que faire d’elle-même. Ses bras pendaient le long de son petit corps, sa tête inclinée cachait sa frimousse. Je voyais les larmes couler sur sa jupe défraîchie…

Son poème finissait ainsi : une parole, comme une forêt sensible dans le cœur.

Michel Toche

Lassé des lacets

Que fait ce gamin hirsute tout seul assis par terre ?

Où sont tes parents ? Ce récital de poésie doit te raser.

La voix de Béa sonne clair sous les voûtes de la chapelle.

Il commence à s’agiter. Personne ne bouge. Sa famille doit être plus loin derrière. Comment font les gens pour oublier qu’ils ont des mouflets ?

Le voilà qui avance. Il a le cran de me regarder.

La tourne ! J’allais oublier avec ce satané morveux ! J’ai failli renverser le pupitre. Béa me jette un œil inquiet.

Il s’assoie sur le tapis. Il est attiré par la flûte dorée. Il la touche !

Tu vois bien que je fronce les sourcils, que je ne suis pas d’accord mais tu t’en fous, sale gosse. Avec mon pied, si je réussis à te choper le mollet… Là, tu as compris maintenant ?

Il fait volte-face. J’insiste. J’appuie sur quelque chose que je ne vois pas. Il tire sur sa jambe qui résiste. Ses lacets ! Bien sûr, personne ne les lui avait attachés. Je tiens bon malgré les à-coups. Il reflue vers le public, un pied nu. Le premier rang, amusé, observe le manège.

Lentement, je ramène la pièce à conviction sous ma chaise. Mes doigts se détendent sur le manche de la guitare. Il marche à quatre pattes dans l’allée centrale.

Allez, va rejoindre ta mère, si elle te reconnaît !

Je le suis des yeux. Il se redresse. Des bras l’enlacent. Une crinière de feu encadre un visage d’une beauté nacrée qui semble naître de la pénombre. Ma gorge se noue.

Pas un regard sur lui.

Sans ciller, des yeux verts sont plantés dans les miens.

Véronique Coucaud-Guerville

La mère avait dit qu’elle serait de retour à 18 heures si toutefois le jeu des questions après sa conférence ne durait pas. Ses talons ont claqué sur le parquet. Du fond du couloir elle a dit au-revoir. Aussitôt j’ai entendu le bruit du moteur de sa voiture.

Patricia lisait. Il faisait beau. Une belle après-midi de printemps. J’ai proposé d’aller jouer dans le pré en pente derrière la maison. Elle a posé sur moi des yeux pétillants de joie. A son air étonné j’ai deviné qu’elle n’avait pas l’habitude de profiter du dehors.

Nous nous sommes roulées dans la descente. Nous avons ri, nous avons crié. Quand nous fûmes trop essoufflées pour arpenter encore une fois la pente nous nous sommes allongées. La terre basculait sous nous dans un mouvement qui donnait le vertige. Les bras en croix, la tête dans les nuages nous avons deviné dans leurs formes des animaux extraordinaires. Nous avons écouté le vent. Une mouche est venue nous agacer. Quelques fourmis ont grimpé sur nos mollets. Fatiguée, heureuse, Patricia a dit qu’elle allait cueillir un bouquet pour sa maman. Elle s’est levée et délicatement a tiré sur les tiges des fleurs de pissenlits qu’elle a serrées dans sa main. On sentait tout l’amour qu’elle mettait dans son geste.

La voiture est revenue. La mère a appelé. Avec ses chaussures de ville elle ne pouvait pas venir jusqu’à nous. La fillette lui a tendu les petits soleils qui scintillaient au creux de sa paume. « Qu’est-ce-que c’est ça? Va vite jeter ça à la poubelle ! »

Marie-Odile Joanneton

« Bonsoir maman… »

Élise se faufila dans le bureau de sa mère. La grande pièce était plongée dans la pénombre. Seule, la lampe posée sur un coin de la grande table de travail était allumée. Élise regardait sa mère occupée à corriger des copies. L’avait-elle entendu entrer ? Il ne fallait surtout pas la déranger.

Du haut de ses quatre ans, elle atteignait à peine la hauteur du bureau. Elle venait souhaiter bonne nuit à sa maman et espérait un câlin en retour.

Élise avançait sans bruit sur le grand tapis persan. Serrant son ours en peluche presque aussi grand qu’elle, elle s’arrêta à quelques mètres de la grande vitrine abritant la précieuse collection de poupées Kachina de sa mère. Élise fixait de ses grands yeux noirs, les figurines colorées et masquées dans l’obscurité. La nuit précédente, elle avait rêvé que ces poupées, la nuit venue, s’animaient, arrivaient à faire coulisser la lourde porte de verre et pouvaient ainsi se promener à leur guise dans toute la maison. Elle s’était réveillée au moment où la première poupée grimpait sur son lit avec, apparemment, de très mauvaises intentions. Elle avait crié mais personne n’était venu.

Élise s’approcha timidement de sa mère :

– Maman ? Est-ce que tes poupées « Kassina » peuvent sortir de la vitrine la nuit, quand tout le monde dort ?

La mère tourna son visage vers sa fille. Ses cheveux blonds, éclairés par la lampe l’auréolait dans la pénombre. Elle sourit :

– Élise, tu sais bien que ce sont des poupées magiques. Bien sûr, qu’elles sortent la nuit…

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