Ecrire à partir de « Supermarket spring » de Pedro Mairal

Cette semaine, Hélène Massip vous propose d’écrire à partir de Supermarket spring de Pedro Mairal (L’atelier du tilde, 2017). Envoyez-nous vos textes (un feuillet standard ou 1 500 signes maxi) jusqu’au 14 février à l’adresse atelierouvert@inventoire.com

Le prochain atelier d’écriture d’Hélène Massip démarrera à Lyon le 9 février !

Extrait

Consommateur final

Méduses

Les clients à la banque
pour atténuer l’attente et le silence
regardent les fonds bleus de la mer
sur une télé suspendue au plafond :
c’est un documentaire sur les méduses,
gélatines de mer
dansant dans le cobalt des profondeurs,
d’ardents tentacules violacés
qui ondoient comme des crinières dans les rêves,
translucides, elles se déplacent en groupe,
déploient et replient
leur nage élégante,
emportées par les eaux vives.
C’est à vous, madame,
je lui dis et regrette aussitôt
elle souriait en regardant l’écran.
D’un seul coup d’un seul
je l’ai ramenée du fond de l’océan
à la terre ferme et aux impôts,
je l’ai ramenée à elle-même
foulard vert sur la tête,
à son âge, à sa guerre contre le temps,
à son maquillage épais et à ses pantalons.
De retour à l’oxygène en vigueur
la dame s’avance vers la caisse
toutes profondeurs oubliées,
et paye les mortes-eaux municipales
sur ses fonds personnels.

Aguas vivas

En la fila del banco
para atenuar la espera y el silencio,
los clientes miramos el fondo azul del mar
por un televisor colgado al techo :
es un documental sobre aguas vivas,
medusas de gelatina
bailando en el cobalto de las profundidades,
los violáceos tentáculos ardientes
flameando como crines en el sueño,
traslúcidas se mueven en conjunto,
se expanden y contraen
en su elegante nado,
se dejan arrastrar por las corrientes.
Es su turno, señora,
le digo y me arrepiento
porque ella justo estaba sonriendo,
mirando la pantalla.
Con un solo tirón
la traje desde el fondo del océano
hasta la tierra firme y sus impuestos,
la devolví a sí misma
con su pañuelo verde en la cabeza,
la devolví a su edad, su guerra contro el tiempo,
su maquillaje espeso y pantalones.
De vuelta en el exígeno vigente
la señora se acerca hasta la caja
y olvidada de las profundidades,
paga las aguas muertas y argentinas
con fondo personales.

Proposition d’écriture

Les écrans d’attente, les écrans promotionnels, sont présents dans de nombreux lieux publics. Dans les administrations, dans les transports en communs, sur les quais, dans les vitrines des pharmacies, dans les salles d’attente de cabinets médicaux … etc. Ils présentent parfois de courts reportages sur la vie locale, de « belles » images animalières ou de paysages, mettent en avant un produit, une station de sport d’hiver, déroule l’horoscope du jour. Certains sont silencieux, d’autres non.

Je vous invite à retrouver ou à inventer une situation où une personne se laisse absorber par les images d’un écran dans un espace public. Puis elle est soudainement interrompue et revient à sa réalité.

Le narrateur de votre texte observe la scène. Il peut intervenir ou pas. Remémorez-vous ou imaginez une situation précise. Donnez-nous à voir les images, la nature de la rêverie qu’elles provoquent. Puis dressez un portrait physique de la personne, de la réalité dans laquelle elle revient, dites ce qu’elle fait, ce qu’elle dit, à qui. Soyez précis, concret. Cette courte scène se fait l’écho d’une situation sociale, d’un rapport au temps, à l’âge, à la vie elle-même. 

Lecture

Pedro Mairal est un romancier, nouvelliste et poète né en Argentine en 1970. Son œuvre est traduite dans plus de onze langues. Trois de ses romans sont traduits en français.

La traductrice Julia Azaretto est née à Buenos Aires en 1980. Elle traduit des sciences humaines et de la poésie. En 2017, elle a traduit en espagnol Comme des bêtes du poète français Jacques Rebotier. Elle travaille en France pour des musées et collabore à des revues de poésie.

Supermarket spring, édition bilingue, est composé de deux recueils de poèmes intitulés Tous les jours, écrit entre 1997 et 1999 et Consommateur final écrit avant, pendant et après la crise politico-économique argentine de 2001.

Le poète puise dans son quotidien, dans le quotidien de la ville de Buenos Aires, pour donner à percevoir la vie intime, domestique, sociale ou politique, dans leurs intrications, à la hauteur des personnes.. Un fait divers. Un papillon entre des cordes à linge. Des étudiants des beaux-arts croisés à l’entrée du zoo, croqués dans leur instant, ramenés en peu de mots à une origine oubliée, inscrits dans le jour avec leur langue, leur fatigue, leur vie. Le tout avec un humour et une espièglerie légère qui rendent très plaisante la lecture du recueil.

La belle introduction de la traductrice permet d’en savoir plus sur ce poète et sur leur rencontre, sur la scène poétique argentine, vivante et riche de  voix nouvelles.

H.M.

Hélène Massip est auteur de nouvelles, de poèmes et de haïkus. Sa dernière publication : « L’affiloir des silences », collection « Poésie XXI », Jacques André Éditeur,  Mars 2016. Découvrez toutes ses formations à l’écriture à Lyon, à partir du 7 février et à partir du 24 avril ici

Partager

Aliquam venenatis, Donec libero. id, diam Sed venenatis neque. ut odio libero