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« Dans le bus » Photographie de Françoise KHOURY

Cette semaine Françoise Khoury vous propose d’écrire à partir du livre Gaëlle Obiégly, Mon prochain (Verticales, 2013). Vous pouvez nous envoyer vos textes jusqu’au 20 juin à atelierouvert@inventoire.com.Une sélection sera publiée deux semaines plus tard.

Mon prochain

Extrait

«Quelques fois, des personnes s’adressent à moi avec mépris, et si je leur demande de reformuler leur requête, elles ont l’air exaspéré. Ma position sociale, de réceptionniste, indiquerait que je leur suis inférieure. C’est le présupposé d’inégalités des intelligences qui produit ce genre de comportements. Mon Prochain, très désagréable, formule une demande imprécise, cafouilleuse, en même temps qu’il écrit un texto, et comme je ne comprends pas, je lui pose quelques questions. Il y répond avec impatience et agressivité. Alors j’appelle quelqu’un, une femme, et je lui fais croire, à mon Prochain qui est con comme un balai, que c’est la directrice de tout. Il s’adresse à elle avec respect, parce que sa soumission à la répartition des rôles dans la société est plus forte que sa curiosité, sa confiance. »

Suggestion

Le titre de ce livre de Gaëlle Obiégly, Mon prochain (Verticales, 2013) m’a rappelé un livre d’anthropologie, paru dans les années soixante-dix, qui avait eu un certain retentissement. Il y était question du prochain et du lointain : les cultures qui nous sont proches et familières et celles qui nous sont étrangères, émanation de l’altérité. Chez Gaëlle Obiégly, tous les individus sont ramenés au même plan, à « mon Prochain » et, pourtant, les personnages rencontrés dans le récit, simples passants ou amis, semblent bien lointains aux yeux de la narratrice, à l’exception de son amie, qui porte le même nom que l’auteur. Ceux qu’elle continue néanmoins de traiter de « prochains », alors qu’ils prennent des poses de supériorité, sont les mondains, ceux qui manifestent une vanité d’appartenance de classe. Vous êtes-vous déjà retrouvé en compagnie de gens dont les codes, liés à une appartenance sociale ou culturels, étaient très éloignés des vôtres ? Vous avez échangé quelques paroles, une conversation peut-être. Le langage étant un marqueur social, les mots étaient-ils si différents ? Les malentendus plus flagrants ? Et la gêne, perceptible ? Envoyez-nous votre texte (en vous souvenant de la contrainte : un feuillet standard, de 1500 signes, au maximum).

Lecture

Décousu ou fragmentaire, selon les points de vue, ce récit n’en est pas moins attachant. La narratrice semble se promener dans le monde comme une observatrice très détachée. Elle n’est jamais vraiment impliquée dans ce qu’il lui arrive, au cours d’une forme d’errance orgueilleuse. Comment entrer en contact avec le prochain, l’autre ? C’est parfois impossible, à cause des autres, trop imbus de leur personne, ou bien parce que la narratrice n’y tient pas plus que ça. Elle travaille, un peu, sans gaieté de cœur, n’a jamais imaginé exercer une profession. Elle voyage, un peu, mais c’est comme si elle n’avait pas vraiment choisi sa destination. Elle rencontre des gens, aussi, mais tout cela semble lointain. Son admiration et sa compassion semblent destinées à son amie, qui écrit des livres et en lit, parce que c’est ainsi, croit-elle, que l’on arrive à un état d’esprit supérieur, à une vie se passant du succès et de la reconnaissance, qui constituent l’objet de la quête des gens ordinaires.

Ce texte est le huitième de Gaëlle Obiégly. Sa forme peut dérouter, qui mêle réflexions sur le monde comme il va (le monde du travail notamment), sur les relations humaines et ce qui les rend authentiques, ou apprêtées, ainsi que sur des impressions et sensations, émaillées de quelques souvenirs d’enfance. Il y a ce souvenir de la poupée notamment, dans un passage qui nous fait entendre une voix venue du monde de l’enfance, un monde resté proche de la narratrice.

Françoise KHOURY

© FK- «dans le bus »

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