« Ecrire, c’est attendre », Martin Amis

Quoi de mieux pour commencer l’année que de se rappeler quelques paroles essentielles des auteurs qui ont marqué la littérature des 30 dernières années ? Aujourd’hui, la définition de Martin Amis.

« J’écris tous les jours de la semaine. J’ai un bureau où je travaille. Je quitte la maison et je reste absent pour la durée d’une journée ouvrable moyenne. Je traverse avec ma puissante Audi les sept cents mètres qui séparent mon appartement londonien de mon bureau. Et là, sauf si j’ai autre chose à faire, je m’assois pour écrire de la fiction aussi longtemps que je le peux. Comme je l’ai dit plus haut, je n’ai pas l’impression d’une journée complète de travail, même si ça peut parfois être le cas. Une bonne partie du temps semble passer à faire du café ou à trainailler, à lancer des fléchettes, à jouer au flipper, ou bien à me curer le nez, à me couper les ongles ou à regarder au plafond.
 
Vous connaissez la ruse des correspondants étrangers ; à l’époque où vous aviez votre profession sur votre passeport, vous faisiez noter « writer » (écrivain), et quand vous vous trouviez dans un endroit dangereux, pour dissimuler votre identité, vous changiez le « r » de « writer » en « a », et vous deveniez « waiter » (serveur, mais aussi quelqu’un qui attend, de « to wait », attendre).
J’ai toujours trouvé qu’il y avait une grande vérité là-dedans. Ecrire, c’est attendre, c’est certain pour moi. Cela ne me gênerait pas du tout si je n’écrivais pas un seul mot de la matinée. Je me dirais, vous voyez, ce n’est pas pour maintenant. Ce travail semble surtout consister à vous rendre réceptif à tout ce qui peut surgir ce jour-là. J’ai été plutôt surpris d’apprendre la terreur que pouvait éprouver Père lorsqu’il s’approchait de sa machine à écrire le matin». Martin Amis
 
Extrait de Paris Review. Les entretiens (Anthologie, Volume 2). In N° 146, 1998. Traduit de l’anglais par Anne Wicke. Christian Bourgois Editeur (2011).
 
« The Paris Review » a été fondée à Paris en 1953 par Harold L. Humes, Peter Matthiessen, et George Plimpton. Installée à New-York depuis plusieurs décennies, The Paris Review se donne pour mission d’offrir à ses lecteurs des extraits de livres, des nouvelles et de longs entretiens avec des écrivains, quand la plupart des revues littéraires se consacrent exclusivement à la critique. Des écrivains comme Philip Roth, V.S. Naipaul, T. C. Boyle, Rick Moody ou Jonathan Franzen y ont ainsi publié leurs premiers textes, ainsi que Beckett ou Kerouac.
Le premier volume de cette anthologie est paru en 2010 aux Editions Bourgois.
 
DP

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