Fables indiennes: « Paroles de bêtes à l’usage des princes »

les périls de la vie
Les périls de la vie

Par Marie-Hélène Mas

Jusqu’au 3 Janvier 2016, l’Institut du Monde Arabe consacre son 7ème étage aux fables indiennes de Kalila et Dimna, et plus particulièrement à la version arabe d’Ibn al-Muqaffa, à l’occasion de l’exposition « Paroles des bêtes à l’usage des princes ».

De vitrine en feuillet, nous découvrons ces illustrations colorées et ces textes manuscrits qui ont traversé les siècles. Une traduction de chaque fable exposée nous permet de suivre ces leçons de vie et des vidéos interactives font la joie des plus jeunes visiteurs.

Kalila et Dimna sont 2 frères chacals vivant à la cour du lion. Si Kalila se satisfait de sa vie simple, Dimna, lui, ambitionne de devenir roi et tente d’y parvenir en utilisant ruses, mensonges et manipulations …

Les Fables de Kalila et Dimna

L’ermite et la mangouste, les corbeaux et les chouettes, l’éléphant et le lapin, le prince et le philosophe, le lion et le taureau… autant d’histoires qui s’emboîtent, de personnages qui se croisent pour illustrer de façon ludique des thèmes tels que l’amitié, la trahison, le rôle du savoir ou encore la justice.

Destinées à enseigner aux princes les règles fondamentales de bonne gouvernance, les fables de Kalila et Dimna sont composées en Inde aux alentours du IIIe siècle après J-C.

Et c’est au milieu du VIIIe siècle qu’Ibn al-Muqaffa’ rédige sa version en arabe. Ne se contentant pas d’une simple traduction, il y ajoute une introduction et certains passages comme Le Procès de Dimna, dont les actes vils finiront par être punis de mort. Originellement destinées à l’élite monarchique indienne, Ibn al-Muqaffa’ en fait un discours éthique visant à guider l’individu dans ses choix quotidiens sur le plan personnel, familial et civique.

C’est cette version en moyen-perse qui parcourt tout l’Orient et arrive jusqu’en Occident, de variantes en adaptations … pour inspirer notre plus grand fabuliste français. Ainsi, c’est par l’intermédiaire des versions de Gilbert Gaulmin (1644) et du Père Poussines (1666) que Jean de La Fontaine découvre les fables. Son intérêt pour l’Inde et son héritage spirituel se retrouve dans une vingtaine de fables comme celle de La Souris métamorphosée en fille.

Mais c’est bien leur caractère universel qui permet aux fables de Kalila et Dimna de traverser les frontières, les siècles et les cultures en suivant les pas de la tradition orale puis écrite.

le renard et le tambour
Le renard et le tambour

« Celui qui n’écoute pas les paroles profitables que lui adressent ses amis connaît le sort de la tortue. »
La tortue et les 2 canards

« Certaines ruses causent la ruine et la perte de ceux qui les inventent »
Le cormoran et l’écrevisse

Si la narration présente une structure complexe, c’est qu’elle est basée sur l’emboîtement des histoires et plusieurs niveaux de compréhension. L’universalité des propos ainsi revendiqués, la beauté des illustrations qui les servent, le caractère ludique et pédagogique des échanges entre les animaux ont permis à ce recueil de traverser le temps et l’espace. La possibilité de les réinventer, les adapter, les moderniser… ont permis à chaque auteur, traducteur, écrivain, poète de se les approprier pour les faire vivre et vibrer aux sons de son époque et son pays, pour les amener jusqu’à nous, ici et aujourd’hui.

Entretien

Pour nous parler de la magie des fables, nous avons rencontré Laurence Faure, qui anime un stage sur le conte pour Aleph-Écriture. Si le conte représente l’origine de la nouvelle, qu’en est-il de la fable?

L’Inventoire : Qu’est-ce qu’une fable ? Quelles sont les origines de la fable ?

Laurence Faure : Une fable est un récit court qui met généralement en scène des animaux doués de paroles et s’achève sur un enseignement ou une morale plus ou moins explicite. Écrite en vers ou en prose, on peut également y trouver des entités mystiques ou des hommes.

La fable nous vient du conte qui prend lui-même ses origines dans le fait d’être humain à plusieurs et d’avoir besoin d’échanger ensemble. Le conte, c’est d’abord une tradition orale qui devient ensuite un genre littéraire.

L’Inventoire : Quelle relation existe-t-il entre les fables de Kalila et Dimna et les fables de La Fontaine ?

Laurence Faure : Grâce à une participante de mon dernier atelier, j’ai appris que La Fontaine s‘est très directement inspiré des fables indiennes de Kalila et Dimna pour ses propres créations.

Il s’est bien sûr approprié les thèmes universels ainsi traités, comme l’amitié, la trahison ou la justice, les a teintés de toute sa finesse, son intelligence et les a enrichis de son charme stylistique. Il faut comprendre que tout ce qui est du domaine de la tradition orale voyage énormément et se construit au hasard des peuples, des lieux et des cultures. »

L’Inventoire : Quelles seraient vos astuces pour réussir une fable ?

Laurence Faure : « Commencer par en lire … beaucoup … La Fontaine et celles nées des autres traditions pour en comprendre la richesse, la diversité et les mécanismes.

Il faut ensuite se tenir aux conditions d’un récit court, une histoire brève qui se déploie dans une interaction entre plusieurs protagonistes stéréotypés et réfléchir à l’enseignement que vous voulez porter dans votre conclusion. »

M-H.M.

Laurence Faure est formatrice pour Aleph-Écriture, spécialisée dans l’écriture de conte. Elle est également comédienne, metteur en scène, joue des spectacles basés sur l’improvisation et participe à des créations en salle. Ses prochaines formations ici.

kalila et dimna
Kalila et Dimna
vitrine
Vitrine de l’exposition « Fables indiennes »

 

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