Formation de formateurs au Moulin d’Andé: Reijo Virtanen « Des voix à moi? »

Du 17 au 21 juillet se tenait la seconde édition du séminaire de formation d’enseignants en ateliers d’écriture organisée par l’EACWP (l’association des écoles d’écriture en Europe). Chacune de ces journées était consacrée à un aspect de la construction du récit : « Des voix à moi »,  « Construire une histoire avec une intrigue », « Parcourir nos territoires pour faire voyager nos lecteurs ».

Divisée en 2 parties, la journée débutait par une masterclass sur une thématique liée à l’écriture, conduite par un des enseignants d’une l’université issue d’un des pays représentés. L’après-midi était dédiée à la création d’exercices d’écriture par sous-groupes.

Pour inaugurer ce « Teachers Training Course », Reijo Virtanen nous a parlé de la notion de « Voix », une approche préalable à la question du style.

 

Reijo Virtanen

Diplômé de l’université de Oulu après avoir été journaliste et critique, il est depuis 2000 à la tête du département d’écriture créative de l’Orivesi College of Arts, en Finlande. Il a complété sa formation par des études artistiques à l’université de Jyväskylä en 2004. Il a publié des nouvelles, des billets d’humeur, des essais et à coécrit des comédies satiriques. En Finlande, il est même devenu un personnage de bande-dessinée!

 

Des voix à moi ?

Les enseignants en « écriture créative » insistent généralement sur le fait qu’un écrivain doit développer sa voix propre. Certains utilisent ce terme comme une métaphore du style. La plupart invoquent l’existence de la « voix » comme un incantation magique, comme si sans la voix intérieure l’écrivain n’était rien, comme si elle constituait en soi un mot magique englobant le talent créatif et la personnalité d’un écrivain. Et si ce n’était pas si simple que ça?

La masterclass de Reijo Virtanen porte ainsi sur la question de « la voix » en atelier d’écriture.

Faut-il aborder comme une nécessité le fait de chercher et trouver sa voix en tant qu’auteur? Cette notion d’une voix personnelle et subjective n’appartient-elle pas au passé du modernisme, ne peut-on pas envisager qu’on puisse aujourd’hui écrire en utilisant toutes sortes de voix? Dans ce cas, comment enseigner aux autres cette possibilité de « double voix » ou de « voix multiples »?

La présentation de Reijo Virtanen va donc viser à s’approcher dans un premier temps au plus près de ce que peut être une voix.

Qu’est-ce qu’une voix ?

Reijo propose au groupe de lister des définitions de ce que pourrait être une voix. Le groupe s’accorde sur les mots tels que « style » « thème » « langue » « émotion », « Obsession », « langue », et puis les voix des personnages (tout le monde était d’accord là-dessus), chacun se référant au roman.

Puis Reijo avance l’idée que le style relève de la technique tandis que la voix se rapporte au contexte social et culturel des personnages. Une voix est ce qui sort de la bouche d’un sujet.

« La voix est une métaphore qui se réfère à tous les sujets parlants de la fiction, c’est-à-dire le narrateur et les personnages. L’auteur n’a pas « de voix » dans son texte. »

Exercice

Il propose ensuite au groupe un exercice : imaginer un narrateur (une personne ou une chose) qui vous décrit, en tant que personne réelle.

Nous avons 10 minutes pour écrire, et chacun lit ensuite son texte, une discussion sur le point de vue s’en suit, permettant concrètement à chacun de modifier son approche du personnage.

Lire les points de vue

Reijo projette un texte en grand format dont nous nous approchons, de manière à comprendre les multiples voix du texte, dont nous comprenons qu’elles sont très identifiables, en fonction du niveau de langage (dialogues, mots caractéristiques d’une communauté, d’un âge, argot, etc.)

Mutivoices

Pour Reijo Virtanen « écrire à partir de nombreuses voix est aussi naturel que les différentes voix qu’on peut entendre oralement ». C’est dans les dialogues qu’apparaissent les personnages, nous avons juste à mettre en avant les compétences qu’en tant qu’auteurs, nous avons mises de côté, voire ignorées. »

S’interroger sur la voix revient en fait à s’interroger sur le style. Reijo Virtanen stipule ainsi que « le style n’est pas un phénomène linguistique, mais plutôt un phénomène social. Il émerge de la culture et de la société ».

Cette idée d’une voix subjective et personnelle apparaît avec le modernisme (le début du 20ème siècle). Alors que modernisme a remis en question le dialogue, insistant sur la voix de l’auteur, est-il encore possible aujourd’hui de s’intéresser à une écriture qui mêlerait les différentes voix des personnages dans un texte ? Peut-on encore se poser la question d’une écriture englobant plusieurs voix ?

Reijo Virtanen plaide pour une littérature « carnavalesque ». Pour lui, l’ironie et la parodie dans l’écriture jouent le rôle d’un masque de carnaval. Cette image, comme métaphore du texte ironique, évoque une littérature qui remet en question l’ordre social. À l’appui de cette thèse, il cite Rabelais notamment, capable par des voix multiples à l’intérieur du récit de créer une forme de cosmogonie.

C’est à partir de ce questionnement sur la construction d’un texte aux voix multiples que se déroulera le workshop de l’après-midi, qui permettra de créer de nouveaux exercices d’écriture à appliquer dans le cadre de l’enseignement de l’écriture créative.

Atelier de création, l’après-midi: d’abord la réflexion, ensuite la création!

La masterclass donne lieu à un atelier de 3 groupes différents (comprenant chacun 6 personnes). Chacun doit imaginer un atelier permettant de transmettre à de futurs participants, à la fois une réflexion et une pratique de ce que peut être « la voix ».

S’agissant d’étudiants à l’université, une partie d’analyse de textes littéraires s’intègrera à l’atelier, tandis que dans des ateliers d’écriture pour adultes, cette partie d’analyse passera par un retour sur les textes des participants, prétexte à aborder des aspects stylistiques ou d’histoire littéraire.

Après une période d’ajustement du groupe, ses membres doivent trouver un consensus pour déterminer le public de ce futur atelier, sa durée, et quel en sera le dispositif.

Une fois cela posé, le groupe élabore à partir d’un brainstorming un exercice d’écriture entier, à la manière du creative writing américain. Après la restitution des 3 groupes, viendra le temps de la mise en forme écrite et de la pratique.

L’Inventoire publiera en septembre, des éléments de ces exercices !

Françoise Khoury et Danièle Pétrès

Françoise Khoury est écrivain et formatrice en écriture. Elle anime notamment une formation « écrire, photographier » pour Aleph-écriture.