« La Panthère des Neiges » de Sylvain Tesson

Par Jérôme Vaillant

En refermant ce livre fin et racé, je suis resté songeur, ému.

Mélange d’admiration pour la plume brillante de Sylvain Tesson et cœur serré car l’auteur nous titille la conscience avec une pertinence aigüe.

Il est donc parti en expédition avec le passionné photographe animalier Vincent Munier, la compagne de celui-ci et un autre complice, traquer la panthère des neiges sur les (très) hauts plateaux, pitons et rocs du Tibet.

Traquer ? Certes, mais à seule fin d’observation énamourée et de tirages de photographies, bien entendu. Tesson ne fait pas partie de ces terrifiants et incompréhensibles massacreurs de faune…

L’auteur (très étonnant et infatigable voyageur des contrées orientales, russes, et les plus glaciales possibles) y apprend l’affût ; c’est à dire l’attente, le silence et l’introspection, lui qui est un esprit pétillant, cultivé et producteur permanent d’aphorismes, ou de bons mots, assez géniaux. Encore fracassé de son accident -tombé d’un toit en 2015, réparé mais toujours tordu- il ne porte rien mais marche, suit, endure l’expédition avec un courage personnel qui n’est jamais évoqué et à qui il faut, au passage, rendre hommage. Never complain, never explain. Esprit virevoltant, observateur du monde, humain atypique.

Sa plume est d’une élégance incontestable (phrases ajustées, comparaisons, imparfait soyeux, citations subtiles) et il nous emmène avec lui guetter, longtemps, très longtemps, des animaux presque invisibles, terré derrière un talus ou dans une grotte, le tout par moins 30 degrés.

Bien au-delà d’un simple récit de voyage, Sylvain Tesson saisit notre intelligence et notre âme en de puissantes digressions sur l’évolution, la marche frénétique de l’Homme vers l’épuisement de la biodiversité, l’idée que toutes les espèces ont des liens communs et sont une richesse incommensurable. Richesse en voie de disparition, un crève-cœur qu’il souligne tragiquement : folie de la chasse, de la disparition des habitats et de la voracité universelle.

Le lecteur le suit pas à pas et comment ne pas l’aimer ? Tintin au Tibet+ Lao Tseu + Jack London = Sylvain Tesson, Prix Renaudot surprise en 2019, distinction méritée (et ventes énormes, l’un des best-sellers de l’année).

Et la panthère ? Oui, il la voit, atteint son Graal, elle lui rappelle sa mère, son amour perdu. Sa description est un hommage vibrant à la beauté (divine) des félins sauvages et rares.

Chaque fois qu’une de ces bêtes est tuée, c’est un peu de notre Terre qui est détruite.

Tesson navigue clairement à contre-courant du monde moderne, mais ses lignes ne sont-elles pas prophétiques et dignes d’être partagées haut et fort ?

La réponse est mille fois oui, alors achetez la Panthère des Neiges (Gallimard) ET engagez-vous sans tarder dans des actions concrètes de protection de la Nature !

Jérôme « félin pour l’autre » V.

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