Portrait d’animateur : Sébastien Gendron

Écrivain, réalisateur et scénariste, Sébastien Gendron est l’auteur de neuf romans policiers dont « La revalorisation des déchets » paru chez Albin Michel en 2015. Son premier roman jeunesse, « L’homme à la voiture bleue » (Syros, 2014), a reçu quatre prix de lecteurs dont le prix Margot de Pau en 2015. Il a réalisé trois court-métrages et des programmes courts pour France Télévision.

L’Inventoire :  Qu’est-ce qui vous a amené à conduire des ateliers d’écriture ? 

Sébastien Gendron : Au cours de mon cursus universitaire, j’avais des cours de créations littéraires avec un prof qui nous faisait travailler sur les exercices de l’Oulipo. J’écrivais déjà à l’époque, mais de découvrir cette liberté de la prose m’a enrichi grandement.

Il y a quelques années, j’ai été amené à animer un atelier à la Médiathèque de Troyes en parallèle d’une exposition sur une nouvelle que j’avais écrite. L’expérience a été concluante et en rentrant, j’ai décidé de monter un atelier à Bordeaux. J’ai fait ça pendant trois ans, en même temps que je commençais à faire des résidences et des ateliers avec des publics scolaires et adultes.

Depuis, ces expériences se multiplient et prennent des tournures à chaque fois différentes (écritures numériques, restitutions en lectures publiques, publications, formations, etc). Et je m’y sens de plus en plus à mon aise. Je ne pars pas du principe qu’on peut apprendre à écrire. Mais transmettre mon expérience et déverrouiller les blocages d’un public d’écrivains en herbe me pousse à continuer dans cette voie.

event_144_L’Inventoire :  Avez-vous suivi une formation pour conduire des ateliers d’écriture ?  Sinon, comment vous y êtes-vous préparé ?

Sébastien Gendron : Je n’ai pas d’autres expériences que celle de mon écriture et les différentes phases par lesquelles je passe pour arriver à un texte achevé. De plus, le travail que je fais avant publication sur mes textes avec mes éditeurs, m’apporte beaucoup.

Je connais donc très bien ces processus et je sais les décrypter et en parler. Passer à la transmission de cette « expertise » pour un public de gens qui veut écrire s’est fait naturellement. Et puis, j’avoue être un garçon plutôt décomplexé. Je ne me pose que rarement des questions de faisabilité. Je sais juste qu’il faut faire, qu’il faut avancer. Quand il a s’agit de prendre la place du « prof », je ne m’en suis pas fait une montagne. J’avais juste en tête la question de savoir comment mettre le pied à l’étrier à ceux que j’avais en face de moi : les encourager dans leur travail, leur éviter le complexe de la comparaison, les libérer de leurs empêchements, apporter un regard critique sans jamais sabrer leurs espoirs, et développer quelques techniques de bases. Le principe étant de n’être jamais dogmatique et de donner à voir une sphère artistique dans laquelle on peut entrer et d’où peuvent naitre des choses fantastiques.

L’Inventoire : Comment s’est passé votre première expérience d’animation d’atelier ? Pourriez-vous nous la raconter ?

Sébastien Gendron : Comme j’en parlais plus haut, il s’agissait d’un week-end à la Médiathèque de Troyes autour d’une nouvelle policière que j’avais écrite et qui servait de support à une exposition.

oulipo004Le principe de l’expo, c’était que le dernier chapitre était laissé à la création du public. Il était invité à écrire la fin et donc à conclure l’enquête. Puis, pour ceux qui le désiraient, de venir participer à un atelier où on construirait de bout en bout ce dernier chapitre pour qu’il colle au texte d’origine. J’ai donc passé une douzaine d’heures avec 15 personnes de toutes les générations à dépiauter le genre du roman policier et à acquérir quelques bases pour pouvoir conclure l’intrigue selon les « règles de l’art ».

Une partie d’entre eux écrivait déjà, l’autre pas du tout. Et je voulais arriver à ce qu’il y ait le moins de disparités possible entre ces deux groupes. J’ai donc eu l’idée, en cours de route, de réattribuer tous les textes produits à des scripteurs différents afin que chacun puisse se glisser dans le récit de l’autre et change ainsi de gamme d’écriture. Le résultat a été tout à fait concluant et les rédactions se sont déroulées dans une parfaite entente et une grande bonne humeur.

L’Inventoire : Quel livre constitue pour vous la référence pour animer des ateliers d’écriture ? Sur quels textes, quels auteurs aimez-vous vous appuyer lors des ateliers ?

738567Sébastien Gendron : C’est compliqué de choisir un seul et même texte. Suivant les thèmes qu’on m’impose, je ne prends pas toujours le même livre.

Pour le polar, je vais plutôt travailler en grand écart avec des auteurs américains comme James Ellroy et des français comme Manchette pour parler du style, de l’implication sociale du récit, de la datation de l’histoire, du traitement comportementaliste plutôt que psychologique des personnages, etc. Pour de la littérature dite « blanche », même grand écart, cette fois entre les classiques (les Russes, les Français du XIXème, etc) et des textes plus modernes (Nabokov, Djian, Echenoz, Garnier) pour parler de la rythmique des phrases, de la structure, des descriptions, de l’écriture visuelle par exemple.

Pour la nouvelle, je viendrais avec mes Raymond Carver pour parler du minimalisme et de l’aspect laboratoire de l’écriture courte. Je suis un écrivain de romans policiers mais j’ai des goûts très éclectiques. Après, bien entendu, l’un de mes outils de prédilection pour débuter un atelier reste les travaux de l’Oulipo qui sont ce qui se fait de mieux pour donner à voir l’écriture comme un jeu perpétuel.

L’Inventoire : Quelle est votre expérience d’atelier la plus forte ? Pour quelles raisons ?

Sébastien Gendron : Ça tombe bien, je viens de vivre un atelier fantastique avec des élèves de 6ème et 5ème à Niort. J’avais quatre classes. Deux 6ème classiques, et deux 5ème adaptées (une SEGPA et une Ulis). Je devais faire écrire à chaque classe un court roman policier de trois à quatre chapitres.

On a commencé de zéro : c’est quoi un roman policier ? Puis on a construit le plan de chaque histoire ensemble en procédant par votes (un héro ou une héroïne ; mort à l’arrivée ou pas ; qui est le criminel; pourquoi a-t-il fait ça ; comment s’y est-il pris ; etc). Et enfin, on a attaqué le travail d’écriture, par groupe, un par chapitre. Et ils ont tout pigé. Les profs étaient très étonnés de les voir manipuler une langue qui, en cours, pose quelque fois problème. Ce sont des enfants, ils ont très bien compris l’aspect ludique de l’écriture et ils se sont lâchés sans retenue.

Ce projet incluait ensuite une phase de composition musicale avec un musicien de Rennes. Pendant une semaine, ils ont donc composé la bande originale de leurs histoires. La dernière phase, c’était la lecture publique, dans une salle de concert, avec les élèves qui jouaient la musique en direct pendant que deux d’entre eux se relayaient au micro pour lire leurs chapitres. Je n’ai jamais vu des mômes aussi concentrés et aussi tolérant les uns avec les autres.

La représentation a duré une heure et le résultat était incroyable. Je venais de passer une semaine avec eux à monter cette scénographie et de tous, j’étais celui qui avait le plus le trac. Ils ont été impériaux. Ce genre d’atelier est parfait parce qu’il mixe plusieurs types de créations et permet au participants de toucher à tout. Et puis, on se dit toujours, quand ça marche, qu’on a peut-être inspiré des vocations.

1507-1L’Inventoire :  Vous animer un atelier sur quatre jours autour de l’écriture de roman noir, polar, thriller et récit à suspense. Comment votre expérience d’auteur de roman policier vous aide dans votre travail avec les participants ?

Sébastien Gendron : Le roman policier a cela de particulier qu’il inclut trois sous-genres distincts : le roman à intrigue, le polar et le roman noir. Il me fallait donc commencer par définir les trois différents champs afin que les participants en choisisse un avec lequel s’exprimer.

Je suis plus porté sur l’aspect sociétale du roman noir et dans mes romans, j’ai tendance à décloisonner les genres parce qu’avant tout, l’écriture doit rester un terrain de liberté. Et puis, ce qui m’intéresse, c’est moins le cadre, l’histoire, la structure que les personnages eux-mêmes. Ce sont eux qui mènent la danse. C’est donc par ce biais là que j’ai attaqué mon atelier après avoir passé en revu les différents aspects inhérents à l’écriture d’un récit (qui restent bien entendu les mêmes que pour l’écriture « blanche » reposant sur une série de péripéties).

Comme je le fais dans mon travail, j’ai insisté sur le fait qu’un personnage n’est jamais une seule chose à la fois mais bel et bien un enchevêtrement de contradictions. De même, j’ai axé mes séances sur les actions de ces personnages comme définition de ce qu’ils sont. Parce que le roman policier est avant tout un récit d’actions. La psychologie passe moins par l’établissement d’une fiche préalable d’identité complexe que par la description des choix que font les personnages au cours du récit. Dans ce genre d’atelier thématique, j’en passe donc d’abord par le cadre pour ensuite ouvrir à ma propre expérience, à mes propres choix d’écrivain et à mes propres goûts.

L’Inventoire :  Écrire / Faire écrire, comment interagissent ces deux activités ? Comment s’enrichissent-elles ? Se percutent-elles dans votre approche ?

Sébastien Gendron : Ce qu’il y a de saisissant dans cette transmission, c’est qu’elle s’enrichit justement des questions des participants. Il y a des domaines de l’écriture auxquels je n’aurais jamais songé si on ne m’avait pas interrogé dessus.

Pour la plupart, j’ai les réponses, mais ce sont des questions que je ne me pose pas. Avant tout parce que je suis un praticien et non un théoricien. Quand j’écris, je ne me dis pas : tiens, je vais appliqué ici telle technique ou telle autre, choisir telle ou telle focalisation. Ca vient tout seul, naturellement. Faire écrire oblige donc à se questionner soi-même sur son propre travail, à analyser ses propres choix et donc à les remettre aussi en question. C’est en cela aussi que la notion d’atelier m’intéresse : c’est un lieu d’échanges.

Et puis, ça oblige aussi à se confronter à des domaines d’expression qu’on ne pratique pas soi-même. Parce que chaque participant a sa propre personnalité, ses propres limites, son propre champ d’écriture, son propre goût stylistique, que la plupart le défendent très bien et que je n’ai pas à leur dire ce qui est bien ou pas. Je dois donc toujours me mettre à leur place et trouver avec eux la voie qui leur convient le mieux. Ça m’oblige à considérer l’écriture dans toute son élasticité et à comprendre moi-même pourquoi on choisit de raconter une histoire de telle ou telle manière.

L’Inventoire :  Quelle est votre prochaine animation ?

Sébastien Gendron : Je prépare deux ateliers sur le polar : un à Lyon du 24 au 26 juin, et un autre pour la rentrée 2016 dans une médiathèque près de Bordeaux avec un public adulte et un public adolescent.
Si vous voulez plus d’infos, cliquez ici !

 

Propos recueillis par Marie-Hélène Mas

 

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