Vos textes à partir de « L’écrivain National » de Serge Joncour, par Olivier Martial

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Crédits photographiques: Betweeners

Cette semaine, en réponse à l’appel à écriture lancé par Hélène Massip nous avons choisi de publier deux textes, pleins d’humour, en écho au livre de Serge Joncour « L’Ecrivain National » (Flammarion, 2014), à découvrir ici.

Voici tout d’abord le texte de Olivier Martial

Eté 86

A peine arrivé, je me rendis au club house. J’avais insisté lourdement afin que nous passions juillet dans un lieu propice aux rencontres, un ennui profond avait caractérisé les étés précédents. Le choix parental se fixa sur un lotissement de petites maisons avec au centre une piscine, un club house et quatre terrains de tennis. La Colline Bleue me promettait liberté et nouvelles amitiés sous le soleil du Var. Henri m’adressa la parole. Il avait mon âge et les cheveux coupés en brosse, ce qui en 1986 était à la pointe de la mode pour un enfant de douze ans. Il me présenta son benjamin de deux années, Rémi, qui le suivait partout comme un chien fidèle. Je ne me souviens pas du prénom du troisième. Tout cela avait été si simple alors que je redoutais tant de rencontrer de nouveaux camarades.

Dix minutes plus tard, au bord de la piscine, nous jetions nos serviettes en boule. Mon bermuda était encore dans ma main quand Henri, s’apprêtant à sauter dans l’eau, s’adressa d‘une voix forte aux deux autres en me pointant du doigt : « Regardez c’est slip rouge ! » J’affichai un sourire de façade en constatant que oui, mon slip de bain était bien rouge. Ma mère ne me demandait pas mon avis pour mes habits et cela me convenait très bien. Les trois portaient des caleçons et ce que j’entendrais bientôt désigner sous le nom de moule bite avait déjà commencé son déclin commercial. De longues années et plusieurs études sur la fertilité masculine seront d’ailleurs nécessaires pour observer un timide rebond de ses ventes et ainsi donner quelque peu raison au choix maladroit ou audacieux de ma mère. Mais tout ce que je compris pendant les minutes qui suivirent fut que je m’appellerais désormais slip rouge et qu’il faudrait m’en contenter pour le reste des vacances, c’est- à-dire la quasi-totalité.

O.M.

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