Portrait d’animatrice : Mathilde Vermer « Ecrire pour aller vers soi »

Auteur du roman « Après Ramallah », publié aux Éditions Michel de Maule en 2012, Mathilde Vermer est diplômée de Sciences-Po Paris, du CNAM et de la Sorbonne. Passionnée par la littérature et la philosophie, elle écrit, propose des formations en entreprise et anime des ateliers d’écriture. Son prochain stage à Aleph-Écriture aura lieu du 10 mars au 16 juin, sur 6 soirées. De quoi laisser à l’écriture le temps de s’épanouir entre les séances…

Propos recueillis par Marie-Hélène Mas

L’Inventoire : Comment êtes-vous devenue animatrice d’atelier d’écriture ?

Mathilde Vermer : Par passion !

En 2006, je rentre de Palestine avec un projet de roman. Je viens de passer 5 mois à travailler en ONG et je suis hantée par ce que j’ai vu dans ce pays. Je ne sais pas par où commencer, je sens que ma plume résiste, que les mots m’échappent.

Par hasard, je tombe sur Aleph-Écriture. Je m’inscris pour un atelier découverte… Un choc ! Je n’en dors pas de la nuit ! Je découvre un dispositif incroyablement vivant où chaque personne autour de la table a une place et une voix, je découvre que chacun a de fabuleux récits à poser sur le papier, je découvre une manière d’animer à la fois conviviale et exigeante, je découvre qu’on peut lire autrement les écrivains, qu’ils sont de formidables ressources quand on écrit. C’est un coup de cœur ! Dès cet instant, j’ai l’intuition que je vais continuer à fréquenter des ateliers d’écriture et que je vais me former pour en animer. Par la suite, j’ai suivi tout un parcours au sein d’Aleph, pour me frotter à divers genres littéraires, aiguiser mon écoute des textes, apprendre à faire vivre la dynamique de groupe au sein d’un atelier.

Vermer-couvEn parallèle, j’ai été me confronter au milieu de l’édition. J’ai fait de belles rencontres, des gens qui m’ont fait avancer, qui m’ont permis de gagner en intensité et en singularité dans mon écriture. Sur ce chemin, j’ai aussi publié mon roman, participé à des rencontres dans des librairies et des salons, écrit une pièce de théâtre qui a été jouée, et là je suis plongée dans l’écriture de mon second roman.

J’anime depuis 6 ans maintenant – et j’anime avec toute la richesse de ma propre pratique d’écriture.

Écrire, ça fait surgir des questions et des hésitations, on trouve des éléments de réponse petit à petit, en persévérant, en tâtonnant, en explorant.  C’est à partir de cette expérience que j’accompagne d’autres personnes dans cette aventure d’attraper et de condenser la vie dans des mots.

Aujourd’hui, je continue à avoir la même passion pour ce dispositif. J’aime entendre la littérature qui nait sous le stylo des participants. Au fond, j’ai la conviction que nous sommes tous habités par un fracas de littérature. Les histoires que chacun porte, c’est la part la plus intime de soi, les douleurs et les bonheurs, les routes escarpées, les héritages souterrains, les rêves qui permettent de continuer à mettre un pied devant l’autre. Je crois que c’est important qu’il y ait des espaces dans la Cité où les uns et les autres peuvent déposer leurs mots, où il y ait cette profondeur de partage. Je crois aussi qu’on apprend énormément sur soi en écoutant ce que dit notre écriture. Il me semble, et cela n’engage que moi, qu’on vit mieux en écrivant, on est comme plus vaste et plus léger à la fois.

L’Inventoire :  Quel livre constitue pour vous la référence pour animer des ateliers d’écriture ? Sur quels textes, quels auteurs aimez-vous vous appuyer lors des ateliers ?

Mathilde Vermer : Je n’ai pas un seul livre pour animer… J’ai une immense bibliothèque que j’aime aller visiter et revisiter à chaque fois que j’anime !

Dans le cadre du cycle autobiographique « écrire pour aller vers soi », chaque atelier a une thématique. La veille, je me plante devant mes bouquins et je tire des rayons une bonne dizaine d’ouvrages que je trouve inspirants. J’ai pris cette habitude d’apporter en atelier des livres, de les placer au centre de la table, et je commence toujours en disant quelques mots de ces livres. Pour moi, apporter des livres, c’est essentiel dans le boulot de transmission. Je crois que ça éveille la curiosité et ça nourrit des envies de lecture.

Dans mes auteurs préférés, il y a des écrivains qui viennent de loin (Arundhati Roy, Toni Morrisson, Russel Banks, André Brink, Erri de Luca, Nancy Huston) et des écrivains français du XX° et XXI° siècle. J’aime lire Marguerite Duras, Annie Ernaux, Albert Cohen mais aussi Virginie Despentes, Olivier Adam, Delphine de Vigan, Emmanuel Carrère, Anne-Marie Garat, Marie-Hélène Lafon, Maryline Desbiolles, Florence Aubenas. J’essaie d’apporter des références très diverses, pour élargir les horizons des possibles. Souvent, je glisse aussi un peu de poésie, Eluard, Blaise Cendrars, Aragon, Mahmoud Darwich.

Sinon, pour le côté plus technique de l’écriture, j’aime le Verbier de Michel Volkovitch et les Question de Style de Dane Cuypers. En outre, au cours des dernières années, je me suis intéressée aux travaux sur la créativité de Julia Cameron et d’Anne-Marie Jobin. J’y pique des idées de temps en temps.

L’Inventoire :  Quelle est votre expérience d’atelier la plus forte ? Pour quelles raisons ?

Mathilde Vermer : Plusieurs expériences restent gravées dans ma mémoire.

D’abord, il y a des textes que je garde dans mon cœur : ces textes qui brûlent, qui viennent livrer une parole qui n’a jamais été dite. Souvent, ils tournent autour des grandes questions qui agitent l’humanité et qui peuplent nos récits depuis la nuit des temps : naissance, mort, maladie, amour, désir, jalousie, peur, violence, victoires et échecs… Il y a aussi ces textes qui parlent de la honte, de la pudeur, de l’humiliation, du manque, de la déception, ces textes qui font écho à des colères, des drames intérieurs, des blessures qu’on n’a jamais pu oublier. Il y a beaucoup d’émotion qui circule : c’est très touchant ce qui se passe dans un atelier. La confiance s’installe et, très vite, par des propositions qui déclenchent le geste d’écrire, il y a des pépites qui surgissent. Certaines personnes ont également un sens du rythme, de l’image, du suspens qui fait que tout la salle reste accrocher jusqu’au dernier mot. C’est tellement bon, ces moments-là !

Dans les expériences fortes, il y a aussi la trajectoire que font certains participants en quelques séances. Je vois des écritures « éclore ». Et souvent, ça rejaillit sur la personne elle-même : je la vois prendre confiance en elle, sourire davantage, participer avec plus d’aisance aux discussions du groupe. Ça me fait toujours très plaisir d’assister à pareille éclosion, j’ai l’impression alors que mon travail est vraiment utile !!!

418444YG2YL._SX210_L’Inventoire : Vous animez, à partir du 10 mars, un atelier d’écriture intitulé «Écrire pour aller vers soi». Cet atelier est ouvert à tous et ne nécessite pas de connaissance spécifique. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Mathilde Vermer : Cet atelier, je vais l’animer cette année pour la 5ème fois… C’est mon « chouchou » !

J’y propose une exploration autobiographique en 6 soirées, autour de 6 thématiques :
– Mes personnages légendaires – galerie de portraits
– Élans souterrains, choix et renoncements – écrire sur le désir
– Mets ce qu’il te plait – allure, élégance et image de soi
– Émotions, sensations, sentiments – écrire au plus près du corps
– Mes guerres et mes paix
– Rêves enfouis, voyages lointains – les ailleurs

Chaque thématique s’ouvre sur une proposition courte. Une proposition qui permet de faire sas avec la journée qu’on a vécu et de plonger dans l’écriture. C’est aussi l’occasion de toucher, de façon ludique, un point technique d’écriture : l’importance du mot juste, l’articulation de la phrase longue, la musique et le souffle de la langue, le choix d’une figure de style, etc.

Puis, on va plus loin avec une proposition du côté du souvenir et du récit. Là, les participants ont davantage de temps. Ils peuvent se laisser embarquer par ce qui surgit spontanément sur le papier. Ensuite, au moment des retours, on pourra se poser les questions de construction narrative, de cohérence du ton, de la place laissée au lecteur. Dans les retours, je mets d’abord en valeur ce qui fonctionne dans le texte, car c’est important de repérer ce qui fonctionne. Parfois, la personne est tellement prise dans ses doutes et dans ses fragilités qu’elle ne voit que ce qu’elle n’a pas réussi à exprimer. L’atelier d’écriture sert alors à rassurer. Le désir d’écrire, c’est extrêmement délicat : j’ai à cœur de permettre à chacun de le faire croitre. Ainsi, au-delà de tout ce que j’essaie de transmettre dans mes ateliers, je cherche surtout à nourrir un élan. Je suis très heureuse quand les gens me disent qu’ils se mettent à écrire en dehors de l’atelier, dans le métro, dans un café, parce qu’ils ressentent désormais une urgence à noter ces mots qui viennent frapper à la porte.

Pour finir, j’ai envie de dire qu’on ressort de ces 6 soirées avec de l’énergie à revendre. Entre les rencontres, les écrivains qu’on a découvert, les mots qu’on a écrits, ceux qu’on a entendus, les discussions parfois enflammées et parfois très drôles, chacun a rechargé ses batteries et repart avec davantage de peps pour aborder la suite.

J’invite les lecteurs de l’Inventoire à tenter l’expérience de cet atelier : je suis sûre qu’ils aimeront !

Pour plus d’infos, RDV sur: http://aleph-ecriture.fr/Ecrire-pour-aller-vers-soi

Et pour suivre Mathilde : https://www.facebook.com/MathildeVermer/ ou retrouver son actualité sur son site: http://www.mathildevermer.fr/

 

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